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Deux regards contemporains sur Laclos : Roger Vailland, André Malraux

Mis en ligne le 06/08/2009

Texte paru dans les Cahiers Roger Vailland n° 7, juin 1997, pp 47-72
Si un écrivain a influencé l’œuvre de Roger Vailland, c’est bien Laclos. L’attachement de Vailland pour l’auteur des Liaisons dangereuses ne s’est jamais démenti. Il lui a inspiré des commentaires qui, en retour, éclairent sa propre écriture. A travers des écrits de théorie ou de fiction, Vailland a sans cesse remis sur le métier la question de l’actualité de Laclos. Cette démarche se confirmer dans son adaptation des Liaisons dangereuses au cinéma où, à l’inverse de films plus récents, Vailland et Vadim ont choisi de transposer l’œuvre à l’époque contemporaine. Une approche très différente de celle qu’a eue de son côté Malraux, même si des parallèles peuvent se révéler.

Il s’agit donc ici d’abord d’examiner le rapport de Vailland à Laclos, à travers ses textes théoriques et romanesques les plus directement impliqués – en particulier le Laclos par lui-même – et en le reliant aux travaux critiques sur les Liaisons dangereuses, notamment ceux de Laurent Versini et René Pomeau, et aux études sur les écrivains libertins. Les constantes qui s’en dégagent sont ensuite comparées aux grandes lignes du texte consacré par Malraux à Laclos dans Le Triangle noir.

Le goût extrême de Vailland pour Laclos représente « un cas exceptionnel de possession littéraire » 1 Il a été littéralement obsédé par Laclos « lu, relu et admiré sans réserve » 2. Sans cesse revient sous sa plume la trilogie Retz-Laclos-Stendhal, ) laquelle vient souvent s’ajouter Sade. L’œuvre de Laclos va être successivement pour Vailland l’objet de plusieurs textes théoriques (ceux regroupés dans Le regard froid), d’un ouvrage critique (Laclos par lui-même), d’une adaptation au cinéma.

Avant même que ces auteurs n’apparaissent dans son œuvre, ils influencent la conduite de sa vie. « Dès cette époque [vers 1930], Vailland commença à mettre en pratique les théories du divin Marquis dont la lecture, avec celle de Laclos, l’avait influencé au point qu’il les transformait en règles auxquelles il restera fidèle tout au long de son existence, mêlant paradoxalement marxisme et libertinage. » 3 Christian Petr a montré 4 comment « la théorie et la pratique du libertinage de Roger Vailland ne contredisent pas son engagement révolutionnaire », même s’ « il est en revanche évident qu’elles s’opposent à la morale normative et puritaine du Parti communiste français dans les années cinquante. »

Il souligne à nouveau cette influence en évoquant, à propos des Entretiens de Mme Merveille et de Drôle de jeu, les divers stades de « formation » du concept de libertin : « C’est la lecture de Casanova, Laclos, Sade et Hegel qui, en relation avec les expériences antérieures de Vailland, engage peu à peu un travail de l’écrivain sur lui-même dans le but de modifier sa conduite sentimentale, son rapport au désir et au corps de l’Autre. » 5

Lorsque Vailland écrit Un homme du peuple… en coopération avec Raymond Manevy, Yves Courrière note que tous deux partagent « une communion de goûts pour les idées de gauche, le XVIIIe siècle, Choderlos de Laclos et les principaux personnages de la Révolution française 6 ».

Par la suite, Roger Vailland va élaborer cette adhésion en théorie et en profession de foi. Dès les Réflexions sur la singularité d’être français (1945) et l’Esquisse pour le portrait du vrai libertin (1946), les grands thèmes sont posés : Laclos écrivain français par excellence, jeu et enjeu, Valmont incarnation du libertin. Le texte intitulé Les Quatre Figures du libertinage (1950) développe la règle du jeu libertin, avec ses quatre phases imposées – le choix, la séduction, la chute, la rupture – qui seront reprises et illustrées trois ans plus tard dans le Laclos par lui-même. Le même texte aborde la portée de l’œuvre de Laclos comme prérévolutionnaire. Le dernier des cinq écrits regroupés dans Le Regard froid, intitulé L’œuvre de cruauté (1950), expose la contradiction inévitable dans laquelle tombent Laclos et plus encore Sade (cf infra).

En 1953, Roger Vailland est contacté par les éditions du Seuil pour écrire un Laclos dans la collection « Écrivains de toujours ». « Admirateur inconditionnel des auteurs français du XVIIIe siècle, se proclamant lui-même libertin éclairé, Vailland était trop imprégné de Laclos depuis son adolescence pour ne pas désirer réaliser ce projet en priorité. 7 » L’écriture de ce livre s’intercale entre celles de Beau Masque et de 325 000 francs, romans engagés. Vailland est en plein dans sa « saison » communiste et militante, et son interprétation de Laclos – l’homme et l’œuvre – s’en ressent. Ce que la critique universitaire ne lui a guère pardonné, comme on le verra plus loin.

Roger Vailland rêvait depuis longtemps de faire une adaptation cinématographique des Liaisons dangereuses 8. Le film se fait en 1959 ; c’est la première collaboration de Vailland avec le réalisateur Roger Vadim 9.

Enfin il faut citer les nombreuses préfaces – au moins cinq – données par Roger Vailland pour des éditions des Liaisons dangereuses de 1955 à 1960 (celle de 1957 reprenant largement le texte des Quatre figures). Il y reprend les thèmes et les théories qui lui sont chers, souvent dans les mêmes termes : invariablement, dans une hypothèse moderne, Valmont serait « fils d’industriel » et la Présidente « une sage ouvrière ». Il en profite pour décerner aux Liaisons dangereuses les louanges les plus dithyrambiques : « l’un des plus grands romans de la langue française », « le chef-d’œuvre le plus longtemps méconnu et le plus calomnié de toute la littérature française 10 », « un des chefs-d’œuvre du roman mondial 11 ».

Préfaces de Roger Vailland aux Liaisons dangereuses :

Club du Livre du Mois, 1955.
Bibliothèque Mondiale, 1956.
Club du Français du Livre, 1957.
Club des Libraires de France, 1959.
Les Amis du Club du Livre du Mois, 1960.

La « fixation » de Roger Vailland sur Laclos et le XVIIIe siècle est si forte qu’elle contamine même des références extérieures : Roger Stéphane écrit en 1956 à propos de la parution simultanée du Soleil sur la Terre de Claude Roy et de l’Éloge du cardinal de Bernis : « Claude Roy et Roger Vailland sont l’un et l’autre d’authentiques écrivains du XVIIIe siècle… […] Vailland ne pastiche pas le XVIIIe : ce siècle lui est devenu une seconde nature. 12 » Et André Billy en 1960 quand il critique La Fête : « Et puis surtout il y a le tour, le ton, l’accent, il y a Laclos, il y a Stendhal, il y a Roger Vailland, sa désinvolture, son cynisme, son détachement passionné… 13 »

LACLOS, LE PLUS FRANÇAIS DES ÉCRIVAINS

La première qualité que Vailland attribue à Laclos, c’est d’être français dans ce qu’il a de plus singulier. « On peut à la rigueur imaginer Mallarmé anglais, Balzac russe, Corneille espagnol, Gide suisse, etc. Mais Retz, Laclos, Stendhal ne pouvaient être que français. Français suffit à définir ou réciproquement est défini par l’allure d’une phrase de Stendhal (ou de Retz ou de Laclos). La singularité de cette allure est d’être française. 14 » A rose is a rose is a rose… Toutefois, Roger Vailland s’en explique plus précisément ensuite : les composantes essentielles de cette attitude sont à ses yeux l’irrespect et la liberté d’esprit – ce qui correspond à la démarche du philosophe libertin. 15

« On peut définir ce qui est essentiellement français avec toutes les locutions qui ont libre pour racine, à condition de n’en exclure aucune : liberté, esprit libre, libre penseur et également libertinage. 16 »

L’affirmation formulée dans l’essai est reprise avec des termes similaires dans le roman. « Pour moi, ce qui est essentiellement, typiquement français dans notre littérature, ce qui est unique, inimitable, irremplaçable, c’est Retz, Laclos et Stendhal. J’y ajouterais peut-être Sade […], ce qu’il a de bien français, ce qui l’apparente aux précédents, c’est sa prodigieuse faculté d’irrespect… 17 » On remarquera l’accumulation des superlatifs. Quand Vailland admire, c’est jusqu’à l’excès.

Roger Vailland associe souvent Laclos et Stendhal. « Vailland se montre très sensible à la parenté d’esprit entre ses deux écrivains préférés », note Michel Picard 18. L’auteur de la Chartreuse de Parme n’a pourtant pas du tout la même lecture que lui des Liaisons dangereuses. « Quand il s’agit d’apprécier ou de critiquer le comportement d’un personnage, c’est toujours au nom de l’éthique beyliste que Stendhal tranche ; d’un système de valeurs qui met le bonheur amoureux au-dessus de tout », indique Jean-Luc Seylaz 19. Dans De l’amour, Stendhal tient le libertin en piètre estime. « Des motifs complexes qui animent le libertin, des parties qu’il joue et de leur enjeu, Stendhal ne retient que la vanité, passion qu’l considère comme « pauvre et vulgaire ».

Stendhal aura eu au moins le mérite de reconnaître la valeur des Liaisons dangereuses dans une période où l’œuvre de Laclos était tombée dans l’oubli (« pas une seule réédition entre 1833 et 1894 », note Vailland). Et malgré le peu d’intérêt qu’il affiche pour ce que Jean-Luc Seylaz appelle le « romanesque de l’intelligence », le livre aura sans doute influencé la conception de ses personnages : « … les amazones stendhaliennes, la Sanseverina, Lamiel, ont un air de famille avec Mme de Merteuil », estime René Pomeau 20. Mais surtout, pour toute une époque, rappelle Vailland, l’ouvrage de Laclos était devenu « le manuel du parfait libertin » : « le lecteur du Rouge et le Noir retrouvera aisément dans les tactiques de séduction de Julien Sorel le fruit de l’enseignement des Liaisons dangereuses » 21.

LE MESSAGE RÉVOLUTIONNAIRE DE LACLOS

Il est clair que, pour Vailland, l’intérêt principal de l’œuvre de Laclos réside dans son message politique. Voici comment il le décrypte : « En écrivant les Liaisons dangereuses, froidement et méthodiquement, comme un vrai artilleur, il prépare une bombe destinée non seulement à l’illustrer mais aussi à servir d’arme à la bourgeoisie, classe montante, contre l’aristocratie, classe privilégiée. 22 »

Dans Le Regard froid, Vailland rappelle que les Liaisons dangereuses ont été écrites « en 1781, l’année de la publication de la Critique de la Raison pure, trente ans après la parution du tome I de l’Encyclopédie » 23. Ainsi, estime-t-il, ayant été éclairée par les idées des Lumières, la bonne société « est sur le point d’aider la bourgeoisie et le peuple à renverser le trône. »

Roger Vailland insiste sur ce message révolutionnaire dans ses préfaces aux Liaisons dangereuses, reprenant souvent les formulations de son Laclos : « En conservant à son Valmont les pétitions de principe des grands libertins du siècle précédent, Laclos en a fait paradoxalement le porte-parole des aspirations à la liberté, à toutes les libertés, de la bourgeoisie française à la veille de la Révolution 24 »… le paradoxe étant entre autres que Valmont est un aristocrate.

Laurent Versini, grand spécialiste de Laclos, n’est pas tendre avec Vailland (qualifiant son Laclos de « lecture d’un marxisme d’alcôve » 25 ). Il le rejoint pourtant dans l’analyse du message révolutionnaire du livre quand il écrit 26 :

« … la véritable portée du roman est beaucoup plus sociale que morale, […] la morale de Laclos est une morale sociale et, reposant sur une théorie de la société civile, elle est prête à devenir une politique. Sa protestation est celle d’un homme dont le cœur et l’esprit réclament un autre monde ; la vertu pour laquelle il œuvre et qui animera le révolutionnaire n’a rien de niais, elle est faite toute d’énergie ; loin de se confondre avec une police de la vie privée, elle est, comme pour Rousseau, une vertu de citoyen. » (Valmont et Merteuil étant « la condamnation vivante » de leur société.)

C’est un texte posthume de Baudelaire (cité par Roger Vailland 27) qui a pour la première fois rendu compte de cette interprétation politique. Il y est dit notamment : « … la présidente, seule, appartenant à la bourgeoisie. Observation importante. » Sur cette prétendue différence de classe, Vailland va bâtir tout un rapport de forces : « Le personnage ‘sympathique’ des Liaisons, la Présidente de Tourvel, la femme sincère et tendre, le grand cœur, la victime, la persécutée, est le seul qui ne porte pas un grand nom. Présidente, femme de magistrat, noblesse de robe, c’est-à-dire bourgeoise. 28 » Interprétation contestée 29 : en effet, Mme de Tourvel n’est pas une simple bourgeoise, elle est du même monde que les deux autres, son mari est « président à mortier », ce qui le place au sommet de la hiérarchie sociale.

Michel Picard donne son explication à ce détournement : Vailland projetant ses propres « inconséquences » dans la lecture de Laclos, « c’est parce qu’il est sensible à ce qui peut ressembler à la lutte des classes dans la séduction à l’heure actuelle qu’il accentue le côté consciemment pamphlétaire de Laclos. 30 »

A noter que Roger Vailland n’a pas conservé cet écart dans l’adaptation des Liaisons dangereuses au cinéma, où Marianne Tourvel – Vailland a abandonné les particules qui n’auraient plus été signifiantes – restée l’épouse d’un magistrat, est bien au même niveau que les autres personnages sur l’échelle sociale.

« Le dessein moralisant étant écarté comme la comédie d’une Laclos-Valmont, on retiendra pour intention dominante, par exemple celle d’écrire, sous forme de roman, un pamphlet révolutionnaire contra la société devenue, pour nous, celle de l’Ancien Régime. 31 »

Ce n’est pas consciemment que cette littérature est subversive, mais a contrario : en ce qu’elle apporte « la négation d’anciennes valeurs qui aplanit le chemin devant de nouvelles. 32 » Peter Nagy voit dans le monde de contraintes et de « perversion forcenée » du libertinage « une représentation symbolique de l’Ancien Régime. 33 » L’œuvre de Laclos est alors « une image intrinsèquement vraie de la lutte qui se mène ou se prépare sur le plan économique et politique ». « Laclos fait plus qu’œuvre de moraliste, il accomplit un travail de révolutionnaire. » Mais son intention est rendue ambiguë par son « amour-haine envers le monde qu’il veut détruire 34 ».

VALMONT, C’EST MOI ?

En effet, pour Laclos, la paternité de Valmont n’est pas simple. Est-il son double ou son idéal ? Ni l’un ni l’autre. « Laclos n’est pas Valmont : c’est l’ennemi de classe des Valmont 35 », affirme Vailland. « Car d’une part Laclos hait et méprise les Valmont qui lui ôtent par privilège toute chance d’atteindre à la gloire sont rêve tout jeune homme de cœur. Mais en même temps Laclos voudrait être Valmont. Il envie son nom et sa fortune. Il envie surtout […] cette qualité de nature qui, pendant plus d’un siècle encore, désespèrera les jeunes bourgeois : l’aisance, la désinvolture, l’insolence naturelle 36 . » « On croirait entendre Vailland parler de Marat », note Jean Recanati 37.

Vailland lui-même s’est longuement expliqué sur les liens qu’il voit entre Laclos et son personnage. « Le capitaine-commandant de Laclos hait-adore le vicomte de Valmont. C’est sans doute une des raisons qui ont permis au pamphlet de se transformer en roman. 38 » Idée que Roger Vailland développera dans la préface de 1959 : « A mesure que Laclos écrit son roman, Valmont cesse d’être uniquement l’homme qu’il déteste, pour devenir de plus en plus l’homme qu’il aurait voulu être. Ou, plus exactement, il devient simultanément objet de haine, parce que frustrateur, et objet d’amour, parce que pourvu de tout ce dont l’auteur est frustré. C’est l’ambiguïté fondamentale à toute création romanesque. 39 » L’écart entre l’auteur et son personnage est confirmé par la « première biographie sérieuse » de Laclos (en 1905 par Émile Dard) où l’on découvre Laclos comme un « anti-Valmont » : « ambitieux, sentimental, moralisant, bon époux et père attentionné 40. »

La fascination de Roger Vailland pour Valmont le conduit à une interprétation dont Michel Picard souligne le « surprenant contresens 41 ». « Loin d’incarner le libertin-type, en effet, le personnage de Valmont apparaît dans le roman comme un être vaniteux, relativement faible, presque puéril parfois » et que la marquise de Merteuil manipule aisément. Ainsi Roger Vailland fait l’impasse sur l’aveu pourtant capital de Valmont dans la lettre 125, où le vicomte se montre pris à son propre piège. « Il feint l’amour, le voici aimé. Sommé par la marquise de faire la preuve qu’il ne s’agissait bien que d’une feinte, il rompt avec éclat  42 ».

Avec éclat ? On se souvient pourtant que c’est Mme de Merteuil qui lui souffle la ‘recette’ et lui dicte la fameuse lettre « Ce n’est pas ma faute ». Dans un texte ultérieur, une formulation plus conforme à la vérité (romanesque) des faits (« La marquise le soupçonne de se laisser prendre au jeu et de n’être pas totalement insensible au charme de la bourgeoise. Elle le somme de rompre. Il obéit 43 ») n’empêche pas Vailland de garder à Valmont le titre de parfait libertin. Mais ce que révèle cette contradiction, comme l’a bien montré Michel Picard, c’est ce qu’il projette de lui-même et de ses propres frustrations en Valmont.

« On a maintes fois signalé combien Vailland écrivant sur Laclos écrivait en fait sur lui-même et par là sur ses personnages… […] Vailland lit sa propre biographie dans celle de Laclos 44. »« Vailland a autant de points communs avec Laclos que Valmont avec Marat », note Jean Recanati 45.

Dans Drôle de jeu, Frédéric fulmine contre Marat qu’il soupçonne (à juste titre) d’avoir séduit sa fiancée Annie : « … l’ignoble salaud, il raffole des Liaisons Dangereuses, Valmont à la manque, il ne s’est pas regardé 46 »

Lecture très spécifique aussi, celle qui est faite par Roger Vailland de la relation entre Valmont et Merteuil : « Ou découvrir, dans les Liaisons, cette tendresse, cette amitié émue, cette mutuelle compassion, cette entraide complice dont Vailland vante la qualité ? 47 » au point d’en faire un chapitre entier de son Laclos : « Où la complicité devient le plus tendre des liens. » On a l’impression que Roger Vailland est entraîné par son désir d’exalter le couple de libertins pour en faire des « héros positifs » de l’amour, sinon conjugal, du moins durable. Il insistera encore sur la « complicité » des deux protagonistes dans le film, où Valmont et Merteuil sont époux légitimes.

LACLOS, DÉJÀ UN FÉMINISTE…

Il est significatif que Vailland consacre deux chapitres entiers de son Laclos par lui-même (les 3e et 4e) au féminisme de Laclos et à sa vision de la femme, avant même d’aborder le thème du libertinage. « Le romancier qui peignit si exactement les libertins de son temps – c’est-à-dire des hommes qui par définition considèrent la femme comme un objet – se montra, quant à son siècle, le plus hardi défenseur de l’égalité des doits de l’homme et de la femme, lorsqu’il essaya de résoudre le problème en géomètre et en physicien, en rationaliste. Son traité De l’éducation des femmes annonce ainsi les travaux que consacrèrent à la question les grands maîtres du socialisme scientifique. 48 » Et de développer une démonstration en quatre points, assortis de corollaires :
A) La femme est naturellement l’égale de l’homme ;
B) Mais toute femme est esclave ;
C) La femme, comme tout esclave, substitue l’adresse à la force ;
D) Mais la femme peut se libérer !
… en associant à chaque phase des parallèles avec l’exploitation des travailleurs par le capital, avec à l’appui des citations de Marx, Engels et Bebel.

Il est toutefois plus difficile de faire une lecture des Liaisons Dangereuses (et il n’en est pas question dans les deux préfaces de Roger Vailland citées ici) où, à part Mme de Merteuil – exception de taille, certes – les femmes sont soit des sottes (Cécile) soit des victimes (Mme de Tourvel). Certains l’ont tenté cependant, comme Dominique Aury 49. Mais cette thèse est peu fondée ; il n’y a guère de solidarité entre la Merteuil et les autres femmes 50. Mme de Merteuil « méprise les autres femmes qui n’ont pas sa force (lettre 81). Elle accepte, elle aussi, le sort commun, en s’arrangeant pour éviter les abîmes de la condition féminine. 51 »

La marquise est surtout un personnage plus original : la version féminine du héros libertin. « La vraie libertine est d’ailleurs rare dans la littérature française : qu’on parcoure le roman avant Lamiel de Stendhal, on n’y trouve guère de figure qui atteigne, dans le mal et la libération agressive, les sommets rejoints par la Marquise », souligne Anne-Marie Jaton 52.

Incarnation maléfique d’autant plus intrigante qu’elle reste obscure. Pour révélatrice qu’elle soit, la fameuse lettre 85 n’explique pas la vocation du mal de Mme de Merteuil. Elle expose le comment plutôt que le pourquoi. Aussi bien Vadim et Vailland avaient-ils pensé, « dans un premier scénario de leur film, à expliquer le personnage correspondant à Mme de Merteuil, soit en imaginant une infirmité consécutive à un accident, soit en lui prêtant une stérilité qui la privait du bonheur d’être mère. 53 » Ils y renoncèrent. A noter que par contre, dans le film, Marianne Tourvel est pourvue d’un enfant, ce qui constitue un équivalent astucieux (et plus plausible compte tenu de la transposition dans le temps) pour montrer tout ce à quoi elle renonce pour l’amour de Valmont.

LACLOS, ÉCRIVAIN RÉALISTE ?

Cette appréciation n’est pas seulement d’ordre stylistique puisqu’elle vient appuyer le sens politique du livre. Pour dénoncer une société corrompue, Laclos devait en faire une peinture exacte et précise. « Les Liaisons Dangereuses n’ont pas encore été mises à leur vraie place, qui est celle du premier en date et d’un des premiers en qualité parmi les romans réalistes, au sens où Flaubert entendit réalisme 54 », affirme Vailland. On y trouve la « peinture réaliste d’une classe sociale à la veille de sa chute. 55

« Les Liaisons Dangereuses, roman par lettres, est un roman réaliste parce que :
1° Ces lettres ne sont pas des prétextes ;
2° Les personnages imaginés par Laclos existaient communément à son époque (NDLR : Le succès de scandale du livre à sa parution s’est d’ailleurs doublé de sa réputation de roman à clés) ;
3° Laclos s’est efforcé de peindre des « types », c’est-à-dire, en bon géomètre, d’utiliser les figures pour rendre évidentes les lois ;
4° Laclos a tellement le souci du réel que, tout à fait exceptionnellement pour son époque, les questions d’argent ne sont pas totalement absentes des Liaisons » (et il cite la lettre 104 au sujet de la fortune de Cécile 56).

Cependant, René Pomeau conteste la peinture donnée par Laclos de l’aisance financière de ses personnages, qui lui paraît peu crédible compte tenu du contexte économique du temps (ministère Necker) : « Roger Vailland a eu, de notre temps, le mérite de se montrer, dans ses ouvrages, attentif à ces aspects de la vie sociale, si souvent ignorés par les romanciers. Il est singulier qu’il ait omis de remarquer à quel point la vision qu’ne proposait Laclos était conventionnelle et peu conforme à la réalité contemporaine. 57 »

Analysant dans sa conclusion la portée révolutionnaire de la littérature libertine du XVIIIe siècle, et prenant comme archétype les Liaisons Dangereuses, Nagy considère qu’elle annonce «  la naissance du roman moderne, du roman qui se sépare du journalisme tout en devenant de plus en plus réaliste. 58 »

LE TRIOMPHE DU GÉOMÈTRE

On connaît le goût de Roger Vailland pour la précision, sa recherche du mot juste. « Que Laclos soit géomètre et artilleur, qu’il soit passé par l’école de La Fère ne cesse de réjouir Vailland. 59 » « Laclos, officier d’artillerie et constructeur de fortifications, est par goût, par formation et presque par profession géomètre. 60 » La passion de Laclos pour la géométrie est largement décrite 61, sa qualité de géomètre fréquemment évoquée. Faut-il rappeler que le père de Roger Vailland était lui-même géomètre expert ? Le goût de Vailland pour la géométrie parcourt son œuvre 62.

« A l’inverse de Diderot, indique Yvon Belaval, Laclos décline le titre d’auteur et n’intervient pas dans l’action. Il en résulte que, destin des personnages, l’auteur des Liaisons Dangereuses, c’est la marquise de Merteuil. Cet auteur diffère du tout au tout de l’auteur Diderot : il est géomètre ; il n’improvise pas, il combine ; il sait où il va, il n’a rien d’une marionnette, il vit de sa propre liberté, il est en même temps un personnage engagé dans l’action. 63 »

Chez les protagonistes des Liaisons Dangereuses se remarque « cette concision qui caractérise presque toujours le style de ceux qui s’occupent avec succès des sciences exactes », comme l’écrivait Laclos à propos du Voyage de La Pérouse 64.

Les Liaisons Dangereuses c’est, a écrit Giraudoux, « Racine aidé par Vauban » (Roger Vailland aurait peut-être dit Corneille plutôt que Racine…).

LE MIROIR DU LIBERTINAGE

Cet « art du plaisir pratiqué par un esprit libre 65 … »

Il ne s’agit pas ici d’étudier dans son ensemble ce thème majeur de Roger Vailland 66, mais la manière dont il apparaît dans la lecture de Laclos par Vailland. Celui-ci projette sur Laclos la structure du héros libertin empruntée par lui à l’origine à la littérature du XVIIIe siècle français mais reprofilée selon ses propres critères : c’est le « libertin souverain », souverain de son plaisir – avec la contradiction intrinsèque que l’on retrouvera dans le thème Laclos-Sade 67.

Roger Vailland reprend ainsi dans son Laclos par lui-même les schémas déjà exposés dans Le Regard froid : les quatre figures du libertinage 68, la définition du libertin 69, le portrait du vrai libertin. Il insiste sur la dérive moderne du terme de libertin qui « n’a plus le même contenu qu’au XVIe et au XVIIe siècles 70. » René Pomeau fait observer que les principes du libertinage sont une morale de l’immoralité. Mais les héros des Liaisons Dangereuses ne se réfèrent pas aux philosophes des Lumières, Valmont ne croit à rien sinon à lui-même 71.

En outre, les principes libertins ne sont pas pour eux des éléments rapportés, c’est bien leur mise en œuvre qui détermine la suite des événements, tout comme les valeurs de la tragédie classique. «  Le drame se noue dans le roman de Laclos lorsque les principes du libertinage seront remis en cause en la conscience intime du libertin » (Valmont se prenant au jeu 72).

Et la forme est étroitement associée au fond pour parfaire ka démonstration. Jean-Luc Seylaz analyse comment le roman épistolaire sert le propos libertin de Laclos : « … leur plaisir appartient davantage à l’imagination qu’aux sens. » Le récit permet au libertin d’exciter la jalousie de son correspondant transformé en « voyeur 73 ».

LACLOS-SADE, MÊME COMBAT ?

On se souvient que « le regard froid du vrai libertin » est une formule de Sade…

Roger Vailland souligne à quel point Laclos est « un auteur chaste » et note avec un amusement visible : « … les romanciers catholiques contemporains, les Graham Greene ou les Mauriac, sont des monstres de lubricité à côté de ce géomètre 74 » Il n’y a pas dans les Liaisons de descriptions physiologiques scabreuses mais un érotisme de situations 75. ET quant à ses héros, l’essentiel de leur plaisir réside dans la certitude de faire le mal. Alors, Laclos est-il du même côté que Sade ?

Vailland n’est pas d’accord. « On a quelquefois comparé Laclos au marquis de Sade, autre peintre du libertinage. Cela est tout à fait illégitime. Le marquis de Sade était un très grand seigneur, de la plus vieille noblesse et de la mieux dotée. Il se peignit lui-même en peignant les libertins, tandis que Laclos peignait ses ennemis de classe, les cousins de Sade. 76 » Roger Vailland développe ensuite comment Sade et Laclos diffèrent dans leur approche subversive, notamment en ce qui concerne le statut de la femme.

Mais Laclos, comme Sade, et la plupart des auteurs libertins du XVIIIe siècle, « aboutissent à la même contradiction, à laquelle Sade a donné son expression la plus aiguë : la défense de la liberté, dans tous les domaines, les amène à proposer, et non sans courage, une morale du plaisir qui n’a finalement trouvé son application que dans les bureaux de la Gestapo et les camps de concentration 77. » C’est la même association entre la citoyenneté et la propriété, souligne Roger Vailland, qui est également à l’origine de la contradiction intérieure à la Déclaration des droits de l’homme : « Le libertin souverain, qui mutile et tue l’objet également souverain de son plaisir, place dans une lumière éclatante la contradiction qui permet au patron-citoyen d’acheter et de vendre comme une marchandise le travail de l’ouvrier-citoyen. 78 »

DU JEU DE RÔLES À LA TRAGÉDIE

Une issue à ce dilemme ne pourra être que d’ordre formel. « C’est le jeu théâtral qui pour Roger Vailland est la solution à cette contradiction, avec comme enjeu la liberté des individus dans des rapports amoureux impliquant par essence la cruauté 79 », indique Christian Petr. La théorie de ce jeu est déjà exposée dans l’Esquisse 80

« Le libertin s’astreint à ce que Roger Vailland appelle ‘la séparation de soi d’avec soi’. 81 » Vailland a parfaitement conscience du caractère théâtral de cette dissociation. « Il sera par ailleurs intéressant de rapprocher la théorie du libertinage du Paradoxe sur le comédien de Diderot. Pour le libertin comme pour le comédien, la vertu cardinale est de ne pas se laisser prendre à son jeu. » Roger Vailland cite à nouveau ce texte 82 en évoquant la lettre 81 de Mme de Merteuil et souligne « aussi bien les Liaisons sont-elles construites comme une tragédie. »

Dans cette démarche, selon lui, Laclos « voit la règle maîtresse fondamentale du libertinage devenu dans la seconde moitié du XVIIIe siècle jeu de société et jeu dramatique ; le récit et l’éducation de la duchesse (sic 83) de Merteuil par elle-même est celui de la formation d’une grande comédienne 84 ».

Jeu de société, le libertinage « ressemble bien davantage à la corrida qu’au whist 85 ». Dans divers textes de Vailland, ce jeu est comparé à la corrida, à la tragédie classique, aux procès de Cour d’assises, à la messe, aux tournois, à la chasse à courre : toutes activités qui supposent d’une part un rituel, de l’autre des spectateurs. « Leur recherche du plaisir [il s’agit des libertins] tend à s’incarner dans des rites de plus en plus formels. 86 » Christian Petr en conclut : « … le libertinage ainsi conçu peut être défini comme un formalisme 87 ».

Laurent Versini constate qu’il y a dans la conclusion des Liaisons Dangereuses 88 une fatalité tragique issue de la fatalité sociale (comme Malraux y voit la fatalité de l’érotisme) : « De l’opposition des caractères naît le conflit, qui se déroule avec la fatalité d’une tragédie reposant sur une série de vengeances. 89 » La tragédie est également convoquée par Jean-Luc Seylaz qui fait référence à Corneille : « … la volonté de puissance, la fidélité à soi (qui va jusqu’à la fascination pour son propre personnage) dont témoignent les héros des Liaisons Dangereuses sont l’écho de l’appel cornélien à la grandeur humaine. 90 » Ce que Vailland avait déjà noté en ces termes : « On remarquera que le ton des héros des Liaisons Dangereuses s’élève fréquemment à une grandeur toute cornélienne. 91 »

LES LIAISONS DANGEREUSES, LE FILM

La comparaison des trois films tirés des Liaisons Dangereuses, ceux de Vadim en 1959, Stephen Frears en 1988 et Milos Forman en 1989 92, montre que tous les trois focalisent l’intérêt sur ce que Roger Vadim a appelé la « mécanique amoureuse » et passent sous silence le sens politique qui est reconnu au livre – comme prise de conscience prérévolutionnaire, même si on ne va pas jusqu’à une lecture marxiste.

Vailland affirme avoir pris « un délicieux plaisir » à collaborer avec Vadim 93. A propos de ce tournage, le cinéaste évoque la constitution de l’équipe – avec un vocabulaire… très Vailland :

« L’orchestre était parfaitement accordé. Mais je crois que le miracle, ce fut d’abord ma rencontre avec Roger Vailland. C’était un homme clair, chez qui la rigueur de l’intelligence et la précision des mots servaient de tremplin aux élans du cœur. Vailland aimait froidement avec beaucoup de chaleur. Il se laissait aller au désordre de l’aventure dans l’ordonnance précise d’un univers obéissant à ses règles. […]Roger Vailland était un homme de qualité. […] On l’a peint souvent sous les traits d’un intellectuel froid et d’un libertin. Il l’était sans doute, mais je me souviens d’un être sensible, généreux, qui ne croyait pas en Dieu et donnait à l’Homme le crédit en toutes choses. 94 »

La transposition à l’époque contemporaine était conforme au souhait de Roger Vailland de ne pas « illustrer » platement la trame des Liaisons Dangereuses. « C’est son infidélité même à une interprétation volontariste des Liaisons Dangereuses qui permet à Vailland d’en retrouver la vérité », indique Michel Picard 95. Le choix de Gérard Philipe pour incarner Valmont lui paraît particulièrement juste, « non pas en dépit de ses côtés romanesques, tendres, ingénus, mais à cause d’eux » (et d’ailleurs l’acteur avait déjà joué les héros stendhaliens, Julien Sorel et Fabrice Del Dongo).

« L’auteur de Drôle de jeu était persuadé que la France de son temps se trouvait dans le même état de décomposition prérévolutionnaire que celle de 1780. L’analogie rendait selon lui plausible une transposition 96 » (à rapprocher de cette réplique de Bon Pied Bon Œil : « … la morale bourgeoise fout le camp, dit Rodrigue. – C’est le propre des sociétés en décomposition… 97 »).

« Le choix de Vailland comme adaptateur et dialoguiste témoigne de la volonté qu’avait Vadim de conserver autant qu’il était possible l’esprit du XVIIIe siècle. 98 » Ce qui n’est pas forcément incompatible avec la transposition : Vailland s’est d’ailleurs expliqué sur la parenté que, par-delà les siècles, il rencontre dans l’évolution de certains problèmes : « Les grands bouleversements sociaux qui se sont produits entre 1782 (année de publication des Liaisons Dangereuses) et aujourd’hui ont beaucoup moins modifié qu’on pourrait le croire les rapports entre hommes et femmes. Ils continuent d’être basés sur une stricte dialectique du maître et de l’esclave. (….) Voilà pourquoi la transposition moderne des Liaisons nous paraît parfaitement fondée. 99 »

QUELQUES POINTS COMMUNS ET UNE DIVERGENCE

Malraux n’a pas pour Laclos la même fascination que Vailland, loin de là. Cependant Jean-René Bourrel note sa « constante prédilection pour les romanciers du XIXe siècle, les grands romantiques, quelques auteurs dits ‘mineurs’ […] : fantastiques et fatrasiers, poètes satiriques des XVIe et XVIIe siècles, auteurs libertins du XVIIIe, romantiques mineurs et quelques symbolistes et décadents… 100 ». Entre leurs visions de Laclos, donc, beaucoup de convergences – sur l’aspect littéraire – mais aussi un schisme total sur l’aspect historique.

Dès la préface commune aux trois textes du Triangle noir (Laclos, Goya, Saint-Just), Malraux comme Vailland glorifie dans le XVIIIe siècle « l’abandon radical de la chrétienté » comme instrument unique de lecture du monde. « Dieu a disparu mais le Diable est resté. » Le Diable fournit « l’insaisissable » qui est « peu visible dans les Liaisons, bien qu’il oriente toute cette chronique de démons mineurs. »

Désinvolture de Malraux (que ne renierait pas Vailland) : «  Ça, c’est un extrait de la préface que Laclos a mise en tête des Liaisons… » Après avoir résumé l’intrigue, il ajoute : « Plus, les environs de ces histoires, avec quelque folklore de boudoirs Louis XV. 101 » Et il boucle son repérage : « Le succès est immense. L’auteur renonce à toute œuvre de fiction et meurt général. Cent cinquante ans plus tard, son livre fait partie de la littérature européenne. 102 »

Les Liaisons sont, dit Malraux, « le récit d’une intrigue 103 », une suite de manœuvres : on retrouve la stratégie de l’artilleur, la précision du géomètre. Il s’agit de « connaître les hommes pour agir sur eux » et d’ « agir sur les hommes par leurs passions, qui sont leurs faiblesses. 104 » On est bien dans la continuité La Rochefoucauld – Laclos – Stendhal (et Vailland…)

« Ce livre, qui ne parle que de passion, l’ignore presque toute 105 », sauf l’amour éprouvé par Mme de Tourvel, note Malraux. Tout comme Vailland, il fait l’impasse sur la tentation de Valmont de tomber amoureux pour de bon (cf supra). Mais il indique aussi que le désir et la vanité sont les deux ressorts de l’action, « le désir même presque toujours subordonné à la vanité ». C’est une dimension que Roger Vailland n’aborde pas vraiment…

« La marquise et Valmont sont les deux premiers [personnages] qui soient déterminés par une idéologie. » Il n’est pas surprenant que Malraux et Vailland voient aux personnages de Laclos la même postérité, notamment chez Stendhal : Julien Sorel, Vautrin, Raskolnikov, Lamiel 106.

« De tels personnages répondent au désir toujours profond de l’homme d’agir en gouvernant son action. 107 » « D’abord la conception d’un but de l’homme, puis la volonté de l’atteindre, puis la mise en système de cette volonté. 108 » A rapprocher de Vailland : « Un être vivant digne de ce nom […] ne cesse jamais d’essayer de transformer le monde et lui-même dans le monde. 109 »

Cette caractéristique ne pouvait faire autrement que toucher nos deux auteurs, si emprunts de volontarisme : « La mythologie volontariste de Roger Vailland trouvait dans le courant idéologique français exaltant la liberté de l’homme et la toute-puissance de sa volonté de nombreux modèles : Corneille, Descartes, les libertins des XVIIe et XVIIIe siècles, les idéologues, Stendhal… 110 »

Il « projette devant lui une représentation de lui-même faite d’un ton particulier, de lucidité, de désinvolture et de cynisme… » Description qui pourrait fort bien convenir à Vailland, mais c’est Malraux qui évoque Valmont.

Malraux décrit les Liaisons comme une mythologie basée sur une matière opposée ay mythe, celle d’une expérience humaine, ce qui rejoint la conception chez Vailland de Laclos comme écrivain « réaliste ».

Et Malraux comme Vailland voit en Laclos un moraliste : « Bavardage lucide et perspicacité, amertume et précision, c’est le ton des moralistes français. 111 » « Les moralistes, c’est-à-dire les gens qui raisonnent sur les mœurs, sont nécessairement des immoralistes. 112 » Et n’oublions pas que « Roger Vailland se plaisait à se définir lui-même comme un moraliste. 113 »

« Ce sont les constantes trouvailles du ‘ton’ Laclos qui sauvent les personnages et la mince anecdote (que Vailland appelait « le plus niais des mélodrames » 114) des Liaisons de ce qu’ils portent en eux de schématique et de misérable. 115 »

Enfin, last but not least, l’érotisme. Dans sa préface, Malraux note d’emblée : « Ces trois personnages ont en commun un domaine essentiel chez Laclos, accessoire chez Goya et Saint-Just, et qui n’eût pas rassemblé leurs prédécesseurs : l’érotisme. 116 » Les Liaisons, affirme-t-il, mettent en œuvre « une érotisation de la volonté. 117 » Est-il abusif de relier cette approche à la théorie du libertinage ? L’érotisme est pour Malraux la « fatalité » des Liaisons ; le livre de Laclos est pour Vailland l’application du rituel libertin, qui doit être mené à bien quelles qu’en soient les conséquences.

L’originalité de Laclos par rapport aux « petits érotiques » de son temps, souligne toutefois Malraux, « c’est que le moyen de contrainte ne soit plus la force, mais la persuasion » 118. « C’est le lien de la contrainte et de la sexualité qui lui donne le fond obscur où vont se crisper les racines les plus profondes de son sujet. 119 »

Malraux partage la fascination de Vailland pour la Merteuil, y compris dans sa défaite : « Le personnage le plus érotique du livre, la marquise, est aussi le plus volontaire ; elle est même le personnage féminin le plus volontaire de la littérature française et Lamiel lui prendra bien des traits. 120 » « Jamais Laclos n’a voulu Mme de Merteuil vaincue : le dénouement est ‘postiche’ » 121. A quoi fait écho Vailland : « Laclos ne peut pas se résigner à exécuter sans rémission la Merteuil […]. Je veux croire la Merteuil, même borgne, capable de grandes choses. 122 »

Il est plus étrange de constater que Malraux, compte tenu de ses orientations politiques d’avant la Deuxième Guerre mondiale, ne se soit pas intéressé à la dimension prérévolutionnaire de l’ouvrage de Laclos, dimension qui a tant d’importance pour Vailland. Tout au plus fait-il remarquer : « Je crains (et les mémoires du temps semblent nous le montrer de plus en plus) que les mœurs des Liaisons n’aient eu dans la France de 1780 que l’importance de celles de Montparnasse dans la France de 1939. 123 » Voilà une vision bien réductrice par celui qui n’était pas encore le gaulliste inconditionnel et le mandarin de la culture que l’on sait (ce texte est publié en 1939).

DEUX ÉCRIVAINS TÉMOINS DE LEUR TEMPS

Il y a davantage de points communs entre Roger Vailland et André Malraux qu’il n’y paraît, comme hommes et comme écrivains. D’abord ils sont contemporains : Malraux né en 1901, Vailland en 1907. Issus de la même classe de petit-bourgeois, ils l’ont également reniée. Ils ont traversé l’histoire du XXe siècle en menant de front leur activité littéraire et leur engagement politique, tous deux fortement ancrés à gauche (ceci n’est évidemment valable que pour le Malraux « première manière », qui toutefois n’a jamais été inscrit au PC). Ils sont résolument et totalement athées.

« On pourrait écrire une ‘politique d’André Malraux’ où l’instinct tiendrait plus de place que la raison et l’intuition que la logique, indique Pierre de Boisdeffre. On décèle pourtant dans cette politique, aux détours parfois surprenants, une unité profonde. A son origine, une absence : celle de Dieu. Si Dieu n’existe pas, pense le jeune Malraux, l’homme est le maître de son avenir et la Révolution peut jouer pour lui, entre autres rôles, celui que joua jadis la Vie Éternelle. 124 »

Même si la tentation du suicide a pu représenter pour lui un thème de prédilection (Les Mauvais coups, Un jeune homme seul), Vailland n’a pas l’obsession de la mort qui caractérise Malraux et qui détermine ses orientations successives, aboutissant à sa deuxième phase de primauté de l’esprit et de mystique de l’art.

Se sont-ils rencontrés ? Quoi qu’il en soit, on trouvera des convergences dans leur œuvre (en considérant uniquement l’œuvre romanesque d’André Malraux) et dans leur style, convergences significatives parce qu’elles portent justement sur les grandes lignes de sens de ces fictions. Tous deux ont commencé à écrire avec des textes d’inspiration Dada et surréaliste (Le Grand Jeu pour Vailland, Lunes en papier pour Malraux). Le Grand Jeu a failli s’appeler la Voie… et voici ce qu’écrit Vailland 125 : « Nous étions entre 1920 et 1925, dans un lycée de province, quatre garçons fort pauvres […]. [En découvrant le surréalisme] nous étions décidément dans la bonne voie, la voie royale. » Il n’est pas interdit d’y voir de l’ironie…

Chacun des deux a produit ensuite une série de romans réalistes où des idées surtout politiques s’incarnent dans des héros : Malraux pendant la décennie 1928-1939, Vailland de 1944 à 1956. Ce qu’on y retrouve de commun : le volontarisme, la volonté de puissance par l’action ; l’éthique révolutionnaire mettant au premier plan la dignité humaine ; la fraternité virile des luttes de libération… Quand Christine Moatti évoque un effort pour « donner du sens au non-sens par la maîtrise de soi, la lucidité, l’ouverture sur le monde et la fraternité », par la recherche d’un « ordre de valeurs où l’homme trouverait à la fois sa mesure et sa démesure 126 », c’est de Malraux qu’elle parle, mais il pourrait aussi bien s’agir de Vailland.

Le dialogue extrait de la Condition humaine, cité par Pierre de Boisdeffre : « Qu’appelez-vous la dignité ? Ça ne veut rien dire ! - Le contraire de l’humiliation » nous renvoie – entre autres – au passage de Drôle de jeu où Marat explique à Annie l’humiliation du travailleur « contraint d’échanger son travail contre un salaire » et la reconquête de sa dignité par le militantisme 127 Alors que leur propos est centré sur le destin de l’homme, Malraux et Vailland refusent également les pièges de l’analyse psychologique 128. « Dans cinquante ans, on s’étonnera du roman psychologique comme aujourd’hui de l’alchimie 129 », dit l’un. « La psychologie, fausse science, mauvaise littérature 130 », dit l’autre. Et comme Vailland, Malraux s’efforce de dévaloriser l’amour-passion : « …il s’agit de détruire notre mythe de l’amour et de créer un nouveau mythe de la sexualité : faire de l’érotisme une valeur 131. » « En l’an 2047, proclame Milan, le héros des Mauvais coups 132, l’amour-passion apparaîtra probablement aussi périmé que le christianisme. » Pour Marat, l’amour-idée fixe (platonique) « relève de la psychologie des passions et dans les cas extrêmes de la pathologie mentale. Ce n’est pas à mon sens le véritable amour. Celui-ci implique le corps à corps. C’est une grande aventure à laquelle participe l’homme tout entier, tête, cœur et ventre. 133 »

QUAND VAILLAND LISAIT MALRAUX

Vailland a lu Malraux et ses personnages aussi. « Le souvenir de la Condition humaine, lue dans les premiers mois de la guerre… » (Drôle de jeu). De même, parmi les raisons ayant poussé de jeunes bourgeois à entrer dans la Résistance, il cite « Malraux, Hemingway, l’action pour l’action, le goût de l’aventure, le romantisme révolutionnaire 134 » Dans Bon Pied Bon Œil, « Lamballe est en retard sur l’histoire, c’est un ‘aventurier’ comme ceux des romans de Malraux, un ‘demi-solde’, un ‘vieux jeune homme’ . 135 »

A nouveau la frontière est imprécise entre l’auteur et les personnages : « Cependant le monde comme jeu, volonté et représentation, l’action héroïque comme preuve et reconnaissance de sa singularité, n’est-ce pas davantage la conception des aventuriers de Malraux que celle des maquisards ? Garine, dans Les Conquérants, s’est désolidarisé aussi de la bourgeoisie qui lui a donné naissance ; l’univers social lui paraît, comme jadis à Vailland, dérisoire… 136 » Michel Picard fait également référence au texte de Sartre en préface du Portrait de l’aventurier de Roger Stéphane, où il oppose l’aventurier au militant.

Le même Picard compare le style d’écriture de Vailland à celui de Malraux : « … ses dialogues romanesques où les répliques sont en général brèves et anormalement denses, ce qui leur donne une rapidité nerveuse frappante et une intelligence rappelant, formellement, les romans de Malraux 137. » Tous deux produisent en effet des dialogues qui sont à la fois très écrits et très naturels. Un troisième larron s’impose : c’est Hemingway, admiré de Vailland qui retrouve chez lui la mythologie virile qui lui est chère. Ce rapprochement est suggéré par Michel Picard qui fait ressortir en point commun, chez les deux écrivains, l’angoisse de l’impuissance 138.

Vailland a rendu hommage à Malraux pour son apport à la réhabilitation de Laclos : « Quant aux érotiques, Laclos fut le premier remis à sa juste place par une préface de Giraudoux (1932) et un article de Malraux dans le Tableau de la littérature française. (NDLR : il en cite des passages dans son Laclos par lui-même, p. 183). D’autres allaient bientôt tirer de l’enfer des bibliothèques Sade, Casanova, etc. 139 »

Mais il attaque vigoureusement la conception du héros individualiste selon Malraux – en 1951 dans une lettre à Pierre Berger 140 : « L’action pour l’action, l’héroïsme pour l’héroïsme, c’est un non-sens par définition, c’est-à-dire une notion vide, une forme sans contenu ; pratiquement c’est une mystification du même ordre que celle qui a fait, du jeune nazi animé à l’origine d’une sincère passion de libérer l’Allemagne du traité de Versailles et du capitalisme international, un SS geôlier d’un camp de concentration. Et déjà Malraux en est à ne plus parler que pour les ‘belles-mères’ RPF, héritières des belles-mères PSF, au service d’un général qu’il ne se cache pas de mépriser. »

Dans la même lettre, Vailland y va de sa définition du héros : c’est « l’homme qui sait mieux qu’un autre s’asservir à sa propre volonté, c’est-à-dire réaliser son unité, c’est-à-dire grouper toutes ses énergies et les porter au maximum d’efficacité, au service de ce qui est à son époque la cause de la liberté positive . 141 »

Et il conclut : « Tu vois que mes ‘phares’ ne sont pas les mêmes que les tiens, et que je ne dois strictement rien à Malraux, ni à Camus, ni à Sartre, ni à Saint-Exupéry, ni à René Char. »

Annexe 1
Tout va très bien, madame la duchesse

Lorsque Vailland évoque la « duchesse » de Merteuil, le lapsus n’est pas gratuit. La duchesse, équivalent féminin de l’homme de qualité, fait partie de son panthéon personnel. Dans ses premiers romans, l’image de la duchesse incarne l’aisance, l’élégance et l’indépendance de la femme libre de son propre destin. Ainsi Milan évoque la « totale absence de pudeur » de Roberte : « Seules, pensais-je, les duchesses en leur siècle furent capables d’une telle liberté. 142 » « J’avais, il t’en souvient, l’habitude de dire qu’elle était ‘grossière comme une duchesse’ 143. » Quand Marat, en Bresse, rencontre ses deux « courriers », deux jeunes filles fonctionnaires (donc économiquement autonomes), l’assimilation est immédiate : «  Il interrogea sans fin les deux petites duchesses. 144 » Dans Bon Pied Bon Œil, Jeanne Gris se présente comme « fille et petite-fille de militant » : « C’est l’aristocratie ouvrière. Je vous présente mes hommages, madame la duchesse », répond Rodrigue 145.

Sans oublier, dans les Mauvais coups, une autre sorte de duchesses : ce sont des poires, avec une belle scène de cueillette-séduction 146.

Cette constante n’a pas échappé à Michel Picard, qui analyse ensuite comment le concept de « duchesse » évolue vers celui de « licorne » : « L’intégrité représente bien, dans la femme idéale, ce qu’est le cœur chez l’homme digne de ce nom […]. C’est pourquoi elle confère les mêmes qualités de type aristocratique : l’aisance, l’allure, la désinvolture, l’élégance spontanée 147. » Les mêmes qualités que, selon Vailland, Laclos envie à Valmont…

Annexe 2
Imprégnation d’une œuvre

Roger Vailland a souvent été tenté par le roman épistolaire à la manière du XVIIIe. A plusieurs reprises, les textes de lettres ou journaux intimes de personnages insérés dans ses romans (Drôle de jeu, Les Mauvais coups, Bon Pied Bon Œil, Beau Masque) lui permettent de faire le point et aussi d’introduire des réflexions sur l’écriture 148.

Mais Laclos imprègne aussi plus directement l’œuvre romanesque de Vailland. Lorsque Beau Masque craint que Pierrette ne l’utilise comme « manœuvre d’amour », la formule vient tout droit des Liaisons (lettre 113). Dans La Fête, lorsque Duc dit à sa femme, à propos de Lucie : « Je ne veux pas l’avoir, je veux qu’elle m’aime 149 », on retrouve Valmont écrivant à Merteuil : « Je ne veux pas la prendre, je veux qu’elle se donne 150 ».

« Mais je ne vous aime pas… » proteste Annie à Marat 151. Ce sont les termes mêmes employés par Cécile dans la lettre 97 (et conservés dans le film 152).

« Goethe mis à part, la France est la nation qui écrit le mieux sur l’amour, estime François Bott 153. Son génie, c’est d’ajouter une touche de cruauté à la peinture des loisirs qu’elle pratique volontiers : la conversation, l’irrespect, le libertinage et le transport amoureux […]. La concision, l’élégance, la clarté des Lettres portugaises, de la Princesse de Clèves, des Liaisons dangereuses, d’Adolphe, d’Armance et du Diable au corps, se retrouvaient dans le livre de Roger Vailland. 154 »

Annexe 3
Critique de la critique

Le livre de Vailland sur Laclos a souvent été apprécié en fonction de ses convictions politiques. Yvon Belaval, qui passe en revue les diverses interprétations données par la critique au livre de Laclos, cite Vailland : « …si la liberté de la presse eût existé, Laclos n’aurait jamais écrit les Liaisons dangereuses. 155 »

Évoquant l’homme Laclos, officier ayant « une conduite régulière et de très bonnes mœurs » (rapport d’inspection militaire de 1773), bon mari, bon père, Michel Delon ajoute : « Le romancier Roger Vailland a voulu compléter ce rousseauisme sentimental par un sentimentalisme révolutionnaire conséquent. Laclos devient, dans le portrait qu’il brosse de lui, un bourgeois dénonçant l’aristocratie et l’Ancien Régime. Homme des Lumières, il œuvrerait dans son roman comme à la tribune des Jacobins pour stigmatiser une classe décadente. Le romancier du XXe siècle projette ses convictions marxistes sur un homme du XVIIIe siècle finissant […]. Ni satanique ni angélique, Laclos a sans doute concilié convictions généreuses et soif de réussite, comme plus d’un de son temps et du nôtre. 156 »

En revanche, Peter Nagy indique, à propos de l’importance prise par les affaires privées dans la chose publique sous Louis XV : « Et c’est ce nouveau système de valeurs qui crée le code de comportement libertin, alors en cours d’élaboration, et dont l’esthétique, comparable à celle des corridas, a été si bien décrite par Roger Vailland à partir des Liaisons dangereuses. 157 »

Elizabeth Legros 158

BIBLIOGRAPHIE

TEXTES DE BASE

Laclos : Œuvres complètes, collection Pléiade, Gallimard 1979 (notes de L. Versini)
Malraux : Laclos, in Tableau de la Littérature française au XVIIIe siècle, Gallimard, 1939. Texte repris dans Le Triangle noir (Laclos, Goya, Saint-Just), Gallimard 1970. [NB : La préface de l’édition Folio des Liaisons dangereuses (1972) reprend ce texte à l’exception des sept premiers paragraphes.]
Les citations des romans de Vailland : Drôle de jeu, Les Mauvais coups, Bon Pied Bon Œil, Un Jeune homme seul, Beau Masque, La Fête, sont dans les éditions Rencontre, 1960.
Roger Vailland : Ecrits intimes, Gallimard, 1968.
Roger Vailland : Laclos par lui-même, Seuil, 1953.
Roger Vadim et Roger Vailland : Les Liaisons dangereuses, continuité dialoguée, Julliard, 1960 (texte désigné dans les notes comme « Scénario »)

OUVRAGES CRITIQUES

Belaval, Yvon : Choderlos de Laclos, Seghers, 1972
Boisdeffre, Pierre de : Malraux, Classiques du XXe siècle, Ed. universitaires, 1969
Cazenave, Michel : André Malraux, Balland, 1985
Courrière, Yves : Roger Vailland, un libertin au regard froid, Plon, 1991
Delon, Michel : P.A. Choderlos de Laclos : Les Liaisons dangereuses, PUF, 1992
Frears, Stephen & Hampton, Christopher : Les Liaisons dangereuses, Jade-Flammarion, 1989
Frydland, Maurice : Roger Vadim, Cinéma d’Aujourd’hui, Seghers, 1963
Michel, Ludovic : La Mort du libertin, Larousse, 1993
Nagy, Peter : Libertinage et Révolution, collection Idées, Gallimard, 1975
O’Neill, Eithne : Stephen Frears, Rivages Cinéma, 1994
Petr, Christian : Le devenir écrivain de Roger Vailland (1944-1955), Université de Lille, 1988
Picard, Michel : Libertinage et tragique dans l’œuvre de Roger Vailland, Hachette Littérature, 1972
Pomeau, René : Laclos ou le paradoxe, Hachette, 1993
Seylaz, Jean-Luc : Les Liaisons dangereuses et la création romanesque chez Laclos, Droz-Minard, 1965
Versini, Laurent : Laclos ou la tradition, Kliencksieck, 1968
Versini, Laurent : Littérature française : le XVIIIe siècle, Presses Universitaires de Nancy, 1988

Analyses et réflexions sur Laclos et les Liaisons dangereuses, collectif, Ellipses, 1991
André Malraux, L’unité de l’œuvre, unité de l’homme – Colloque de Cerisy, Documentation française, 1989.
Eros philosophe – Discours libertins des Lumières, rassemblés par François Moureau et Alain-Marc Rieu, éd. Honoré Champion, 1984
Laclos et le libertinage – Actes du colloque pour le bicentenaire des Liaisons dangereuses, 1782-1982, PUF, 1983

1. Michel Picard : Libertinage et tragique dans l’œuvre de Roger Vailland, Hachette Littérature, 1972, p. 157.

2. Yves Courrière : Roger Vailland, un libertin au regard froid, Plon, 1991, p. 217

3. Courrière, op. cit. p. 166

4. Christian Petr : Le devenir écrivain de Roger Vailland (1944-1955), Université de Lille, 1988, p. 88

5. Ibid. p 79

6. Courrière, op. cit. p. 216

7. Courrière, op. cit. p. 584

8. Picard, op. cit. p. 515

9. Il y en aura d’autres : Et mourir de plaisir en 1960, Le Vice et la Vertu en 1962.

10. Préface de 1959, p. 9

11. Préface de 1959, p. 15

12. Courrière, op. cit. p. 687

13. Courrière, op. cit. p. 832

14. Le Regard froid, p 12

15. Voir à ce sujet le passionnant petit livre de Peter Nagy, Libertinage et Révolution (cf bibliographie)

16. Le Regard froid, p 17

17. Marat dans Drôle de jeu, p 197

18. Picard, op. cit. p 135

19. « Stendhal lecteur de Laclos », in Actes du colloque pour le bicentenaire des Liaisons Dangereuses, 1782-1982, PUF 1983, p 239

20. René Pomeau : Laclos ou le Paradoxe, Hachette, 1993, introduction.

21. Préface de 1959, p 20

22. Laclos par lui-même, p 8

23. Le Regard froid, p 71

24. Préface de 1959, p 18

25. Préface à l’édition des Œuvres complètes de Laclos dans la Pléïade, Gallimard.

26. Œuvres complètes de Laclos (Pléïade) – Notice sur les Liaisons Dangereuses, p 1159-1160

27. Laclos par lui-même, p 93, 181.

28. Ibid. p 8

29. Pomeau, op. cit. p 227

30. Picard, op. cit. p 234

31. Pomeau, op. cit. p 124

32. Peter Nagy, Libertinage et Révolution, collection Idées Gallimard, 1975, p 154

33. Nagy, op. cit. p 139

34. Nagy, op. cit. p 144

35. Laclos par lui-même, p 8

36. Ibid. p 22

37. Postface à Drôle de jeu, p 408

38. Préface de 1957, p 19

39. Préface de 1959, p 16

40. Pomeau, op. cit. p 19

41. Picard, op. cit. p 289

42. Préface de 1957, p 7-8

43. Préface de 1959, p 15

44. Picard, op. cit. p 155

45. Postface à Drôle de jeu, p 409

46. Drôle de jeu, p 383

47. Picard, op. cit. p 290

48. Laclos par lui-même, p 27

49. Voir notamment la préface aux Liaisons dans l’édition de la Guilde du Livre.

50. Jean-Luc Seylaz : Les Liaisons dangereuses et la création romanesque chez Laclos, Droz/Minard, 1965, p 90

51. Pomeau, op. cit. p 213

52. Colloque Laclos, op. cit. p 155

53. Pomeau, op. cit. p 212

54. Laclos par lui-même, p 11

55. Ibid. p 138

56. Ibid. pp 51-53

57. Pomeau, op. cit. p 232

58. Nagy, op. cit. p 153

59. Picard, op. cit. pp 133-135

60. Le Regard froid, p 71

61. Laclos par lui-même, p 13, et Préface de 1959, p 19

62. Voir notamment Un jeune homme seul

63. Yvon Belaval : Choderlos de Laclos, Seghers, 1972, p 39

64. Pomeau, op. cit. p 146

65. Le Regard froid, p 20

66. Voir notamment à ce sujet Christian Petr, op. cit., chapitre II, pp 74-89, et Picard, op. cit. 2e partie, chapitre I, « Naissance du libertin », p 109 et 3e partie, chapitre V, « Les figures du libertinage », p 277.

67. Le Regard froid, p 88, et Petr, op. cit. p 86

68. Le Regard froid, p 76, et Laclos par lui-même, p 81

69. Le Regard froid, p 72, et Laclos par lui-même, p 49

70. Préface de 1957, p 5, préface de 1959, p 17. Sur cette définition, voir Nagy, op. cit. pp 16-17

71. Pomeau, op. cit. p 164

72. Cf note précédente

73. Seylaz, op. cit. p 53

74. Le Regard froid, p 85

75. Belaval, op. cit. p 59

76. Laclos par lui-même, p 165

77. Le Regard froid, p 85

78. Le Regard froid, p 88

79. Petr, op. cit. p 85

80. Esquisse pour le portrait d’un vrai libertin, p 31 sq

81. Pomeau, op. cit. p 175

82. Laclos par lui-même, p 108

83. cf Annexe 1

84. Le Regard froid, p 98

85. Laclos par lui-même, p 51

86. Le Regard froid, p 62

87. Petr, op. cit. p 80

88. Versini, op. cit. p 119

89. Versini, op. cit. p 114

90. Seylaz, op. cit. p 130

91. Laclos par lui-même, p 69

92. Voir Les Liaisons dangereuses : filmographie, par Enrique Seknadje-Askénazi, éd. Ellipses.

93. Scénario, p 260

94. Roger Vadim : Mémoires du Diable, p 171

95. Picard, op. cit. p 432

96. Pomeau, op. cit. introduction

97. Bon Pied Bon Oeil, p 200

98. Maurice Frydland : Roger Vadim, Cinéma d’Aujourd’hui, Seghers, 1963, p 34

99. France-Observateur n° 489, septembre 1959

100. Colloque Laclos et le libertinage, p 114

101. Le Triangle Noir, p 8

102. Ibid. p 9

103. Ibid. p 9

104. Ibid. p 9

105. Ibid. p 10

106. Ibid. p 11

107. Ibid. p 11

108. Ibid. p 11

109. Nouvelle Critique, janvier 1956, cité par Petr (exergue)

110. Picard, op. cit. p 157

111. Le Triangle Noir, p 14

112. Le Regard froid, p 15

113. Petr, op. cit. p 74

114. Préfaces de 1957 et 1959

115. Le Triangle Noir, p 14

116. Ibid., préface

117. Ibid. p 16

118. Ibid. p 15

119. Ibid. p 17

120. Ibid. p 16

121. Ibid. p 12

122. Préface de 1957, p 20

123. Le Triangle Noir, p 17

124. Pierre de Boisdeffre : Malraux, Classiques du XXe siècle, Ed. universitaires, 1969, p 7

125. Le Regard froid, p 109

126. Colloque de Cerisy, préface

127. Drôle de jeu, pp 282-283.

128. Sur la théorie du roman de Malraux, voir Jean-René Bourrel, colloque de Cerisy, p 120

129. Drôle de jeu, p 137 (journal de Marat)

130. La Truite, p 307

131. Préface à l’Amant de Lady Chatterley (1932)

132. Les Mauvais coups, p 150

133. Drôle de jeu, p 193

134. Bon Pied Bon Oeil, p 282

135. ibid. p 32

136. Picard, op. cit. p 87

137. Picard, op. cit. pp 130-131

138. Picard, op. cit. p 309

139. Scénario, p 259

140. Lettre à Pierre Berger, reprise dans les Ecrits intimes, p. 442 sq

141. Ecrits intimes, p. 448

142. Les Mauvais coups, p 45

143. Ibid. p 108

144. Drôle de jeu, p 233

145. Bon Pied Bon Oeil, p 151

146. Les Mauvais coups, pp 110 et 136-138

147. Picard, op. cit. p 210

148. Picard, op. cit. p 158

149. La Fête, p 113

150. Scénario, p 319

151. Drôle de jeu, p 315

152. Scénario, pp 306-307

153. F. Bott, Mauvaises fréquentations, éd. Manya, 1992

154. Ce texte a servi de préface à l’édition de “Trois Romans” de Roger Vailland, comprenant Les Mauvais coups, Bon Pied Bon Œil et Un Jeune homme seul, parus en 1989 chez Grasset.

155. Choderlos de Laclos, p 170

156. Michel Delon : P.A. Choderlos de Laclos : Les Liaisons dangereuses, PUF, 1992, pp 18-19

157. Nagy, op. cit. p 92

158. Article paru dans les Cahiers Roger Vailland sous le pseudonyme d’Elizabeth Dupré

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