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Elisabeth Vailland

Mis en ligne le 11/12/2006

Lisina (Elisabeth) Naldi est née en 1916 à Bologne, d’une mère russe juive, Moussia, poétesse et traductrice, et d’un père italien, Pippo Naldi, antifasciste et monarchiste libéral, premier ministre du premier gouvernement italien libre. En 1925, Pippo fuit à Paris les prisons mussoliniennes, sa famille l’y rejoint en 1932.

Elisabeth Vailland dans le bureau de Gaston Gallimard.

Après le lycée, Elisabeth suit les cours de Gaston Baty. En 1938, elle retourne seule à Rome, fait l’actrice et se marie avec un jeune metteur en scène italien. En 1940, elle entre dans la Résistance en qualité de courrier aux côtés des communistes et de la gauche chrétienne, jusqu’à la Libération. En 1943, elle rencontre Roman Vlad, compositeur et musicologue roumain, réfugié clandestin à Rome. La guerre finie, Elisabeth fait prononcer son divorce à San Remo et épouse Vlad en 1947.

En 1949, ils sont à Paris. Elisabeth y rencontre Roger Vailland, un écrivain qui a très mauvaise réputation. Elle a trente-trois ans, lui quarante-deux. Il écrit : «  Je suis aimé de ce qu’on eût appelé au XIXème siècle ‘une femme de qualité’. Sa tendresse a fini par m’amollir le cœur. » Elle se démène pour faire annuler son second mariage. L’automne 1950, elle va vivre avec lui à Paris. En mars 1951, c’est le grand saut : Roger déclare à Claude Roy qu’il va devenir « un grand écrivain », il part pour l’Ain avec Elisabeth. Ils s’installent au hameau des Allymes, près d’Ambérieu-en-Bugey. Elisabeth prend en charge leur vie matérielle, s’efforce d’alléger l’angoisse qui le dévore. Avec elle, Roger écrit bien et beaucoup. Le soir, il lui lit son travail du jour. Ils partagent tout : ils adhèrent au PCF en 1952, militent ensemble pour le Mouvement de la Paix, elle l’accompagne dans les bordels de Lyon, de Marseille ou de Paris.

Photographie d’Elisabeth Vailland par Yves Neyrolles.

A partir de 1954 ils vivent à Meillonnas, dans l’Ain toujours. Et puis il y a 1956, le rapport Krouchtchev et l’insurrection de Budapest. Roger signe un texte d’intellectuels dénonçant les chars soviétiques, le Parti met les Vailland à l’écart. En 1960, ils ne reprennent pas leurs cartes et s’en vont sans bruit. Après la mort de Roger, le 13 mai 1965, Elisabeth rejoint Jane Fonda aux Etats-Unis pour faire campagne contre la guerre au Vietnam, pour les Black Panthers et les droits des Noirs. Elle reprend sa carte au PCF, se bat pour maintenir vivante l’œuvre de Roger. Jusqu’au bout de ses forces. Elle meurt à soixante-sept ans, le 23 août 1983.

(Article de Marie-Noël Rio)


Elisabeth Vailland est l’auteur de Voyage dans l’Amérique de gauche (Fayard, 1972), et de Drôle de vie, son autobiographie, écrite en collaboration avec Philippe Garbit (JC Lattès, 1984), rééditée en 2007 avec une nouvelle préface.

Document : «  L’engagement d’Elisabeth » de Marie-Noël Rio, Les Lettres françaises du 27 septembre 2005, dossier consacré à Roger Vailland.

Émission de Philippe Garbit, "Futur antérieur", consacrée à Élisabeth Vailland, sur le site de l’INA (1984)

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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