Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Colloques, lectures et autres événements > La Loi : appel à contributions

La Loi : appel à contributions

Mis en ligne le 06/04/2016

Un texte de Jean Sénégas

Journées Roger Vailland
Bourg en Bresse
Novembre 2016
Cahier Roger Vailland n°35

POURQUOI LA LOI ?

Lorsqu’il y a quelque trois ans, on m’avait parlé de Beau Masque comme sujet des prochaines journées Vailland, j’avais fait la grimace, et dit que, selon moi, La Loi aurait dû être prioritaire. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, les interprétations admises de La Loi me paraissent l’un des plus énormes contresens dans l’histoire de notre littérature.

Le Cahier Vailland n°35 pourrait s’ouvrir sur deux articles, bien sûr contradictoires, celui de L’Humanité et celui du Figaro. Ces deux articles sont de nature politique : ils se basent sur le seul personnage de Don Césare, et sa fameuse attitude de désintéressement. Le Figaro se félicite de l’éloignement pris par le vieil aristocrate à l’égard de la politique ; L’Humanité le déplore. Dans un cas et l’autre, Don Césare est identifié à Vailland.

Le roman est lu partiellement, et non dans sa totalité, à travers une « psychologie », et non une « sociologie », entendons le tableau d’une société romanesque. Ou encore, la mort de Don Césare ne termine pas le roman. A l’heure du dénouement, deux autres personnages, aussi décisifs que Don Césare, s’imposent et triomphent : Mariette et Brigante. La mort de Don Césare, dès lors, n’est qu’une étape importante d’un remarquable transfert de richesses, lequel se vérifiera, quelques années plus tard, par la création de cette entreprise d’une envergure certaine, le centre touristique si parfaitement accordé aux tendances de l’époque (sea, sun, and sex). En outre, restera toujours cette volonté d’investir dans l’industrie. En 1957, Vailland donnait un diagnostic surprenant de lucidité sur les orientations de son temps, la genèse d’un capital financier lié au blanchiment de l’argent sale. Les critiques de 1957 n’avaient pas su ou voulu le lire. Aujourd’hui nous pouvons envisager le roman avec un regard totalement différent (celui formé par les 50 dernières années). Cette relecture fait de Vailland un écrivain réellement d’avant-garde et de La Loi son roman politique majeur.

Sans doute y a-t-il une part de provocation dans notre approche : le dénouement n’est peut-être pas tout à fait aussi explicite que nous avons bien voulu l’écrire. Au fond nous visons à susciter un désir de relecture du roman. Celle-ci passe, à nos yeux, par un renversement de perspective : comprendre le roman à la lumière de son dénouement.

Bien entendu, rien n’empêche de revenir sur la figure du vieux potentat du Sud, mais nous voulons attirer l’attention sur d’autres personnages, non seulement Brigante et Mariette, mais encore Pipo, par exemple, qui incarnent des figures dont il serait intéressant de savoir si on les retrouve dans la littérature italienne, ou ailleurs (les récits de voyage ?), quelle place elles y occupent, etc etc… Qu’il nous soit permis de ne suggérer que des pistes, de ne pas les préciser davantage de peur de paraître trop directif.

Jean Sénégas

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
Conception : www.linuance.com