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La mort de Jean Mailland

Mis en ligne le 20/05/2017

L’association des Amis de Roger Vailland, déjà fort éprouvée par la mort de Christian Petr et celle de René Ballet, vient de subir un nouveau deuil : Jean Mailland, cinéaste, metteur en scène, écrivain, poète, nous a quittés le mardi 9 mai 2017.

Le lundi 15 mai, Odile Nguyen-Schoendorff, vice-présidente de l’association, et Yves Neyrolles, secrétaire, se sont rendus à Lucey, en Savoie, pour les obsèques de notre ami. Ils ont adressé à Anna, aux trois fils et à toute la famille de Jean, l’expression de notre peine et de notre affection, au nom de toute l’association.

Adieu Jean !

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Jean Mailland

Il y aurait beaucoup à dire, outre notre grande tristesse, aujourd’hui, d’avoir perdu ce créateur aux multiples talents, cet ami chaleureux, lumineux d’intelligence et d’humanité, mais je vais m’en tenir à quelques mots, en tant que vice-présidente des Amis de Roger Vailland : deux ou trois choses que nous savons de lui, mais aussi quelques souvenirs, qui resteront à jamais gravés.

Il était né (pas loin d’ici, à Aix-les-Bains, place Clémenceau) le jour du bombardement de la petite ville de Guernica par les nazis (bombardement opéré à la demande de Franco), le 26 avril 1937. Impossible pour nous d’oublier sa date d’anniversaire. Impossible pour lui de ne pas prendre cette date pour un signe. C’est une date qui pousse un homme à s’engager. Jean Mailland se sentira toujours en responsabilité, en fraternité avec les victimes de la barbarie nazie. Il se sent voué à la défense de la liberté.

C’était un homme très ouvert, très généreux, très cultivé, curieux de tout, passionné par la nature comme par la culture, vivant tout au centuple, écrivain, acteur, auteur pour le théâtre et metteur en scène, réalisateur d’une centaine de films pour le cinéma et la télévision, parolier, entre autres, de toutes les chansons d’Anna Prucnal, (sa femme, comédienne et chanteuse, rencontrée à Babelsberg en 1965), avec qui il a donné - depuis 1970 - 2000 récitals : « ma plus belle aventure », disait-il.

La ville de Lyon a joué un rôle important dans la vie de Jean : c’est à Lyon, en effet, qu’il s’est formé au théâtre, au Conservatoire d’Art dramatique, puis à l’école du théâtre de la Comédie, sous l’égide de Roger Planchon, avant de s’installer à Paris. C’est au théâtre de la Comédie qu’il va se lier avec Jean-Marie Boeglin, Max Schoendorff, Jean Bouise, etc.

Impossible de citer tout ce que Jean a réalisé. Je note, en regrettant de ne pas l’avoir vu, en regrettant aussi qu’il soit très peu projeté, qu’il a tourné un film sur Freud, avec Raymond Bellour, en 1967.

Il a réalisé un film à partir du roman de Roger Vailland, Un jeune homme seul, en 1973… et adapté un autre roman de Vailland, Les Mauvais coups, pour le théâtre, une pièce qui passera à la radio. Pour le cinéma : Roger Planchon, avec Pierre Meyrand, en 1969, Rêve d’Ouest, rêve d’Est, avec Anna Prucnal, en 1981. Il a écrit des scénarii pour Vadim, qui a d’ailleurs vécu dans la région, et dont il a fait la connaissance dans les années 60. Il a été l’assistant de Joris Ivens, de Louis Daquin, de Jean-Paul Le Chanois, d’Armand Gatti (pour L’Enclos), Gatti avec qui il aura une longue collaboration, et auquel il consacrera un livre. Il sera aussi l’assistant de René Allio pour son délicieux film : La vieille dame indigne.

Écrivain, poète, qui avait commencé à publier dès l’âge de dix-huit ans (Tout est merveilleux, en 1955), il nous a offert récemment Le Journal des Arbres, en 2009, puis L’Âge du Christ, en 2013, son autobiographie qui est un journal d’écrivain enraciné dans son époque, et en même temps le journal d’un amour absolu, de son amour absolu pour Anna, et, en 2013 également, Village, état des lieux… Il était venu avec Anna présenter Le Journal des Arbres lors d’une soirée mémorable à la librairie À plus d’un titre, à Lyon, invité par L’Improbable. Une expérience et un texte magnifiques. Il s’est fait sylviculteur, en s’inspirant de cette formule d’Henri Michaux : « Tout à coup se détacher de l’humanité et entrer dans un monde qui ne doit rien à personne ». Il dit : « J’ai voulu rendre mes livres aux arbres ». Il donne aux arbres des noms de poètes, les rapproche selon leurs affinités, et nous conte cette création avec une plume rare de précision et de légèreté.

La ville de Lyon a aussi été le lieu, bien avant la rencontre avec Planchon, d’une autre rencontre, qui nous est particulièrement sensible : celle de Roger Vailland. Rencontre précoce, en 1953, ou même 1952. Jean avait 15 ans. Comme il aimait à le rappeler lors des avant-dernières Rencontres Roger Vailland de Bourg-en-Bresse, en 2015, il était parmi les membres de l’association un de ceux, celui même qui avait connu Vailland le plus tôt. Sa mère était libraire à la Librairie Nouvelle, librairie du Parti Communiste, alors rue du Plat, en centre-ville. Les écrivains venaient y faire des signatures. C’est ainsi que Roger Vailland était venu dédicacer Le Colonel Forster plaidera coupable ou Expérience du drame. C’était une double signature : il y avait aussi l’écrivain lyonnais Jean Reverzy, que Jean aimait beaucoup.

La mère de Jean avait donné des poèmes de son fils à Vailland. Adolescent, Jean composait des poèmes, d’amour surtout, des poèmes qui le plus souvent rimaient, inspirés de Prévert ou d’Aragon (Aragon que Vailland détestait). « Ma mère, comme toutes les mères, s’est mêlée de ce qui ne la regardait pas. Elle a dit à Vailland : « Mon fils écrit ! »

Un mois plus tard, ce dernier demande à rencontrer Jean. Il le fait venir à l’hôtel où il était descendu (Le Grand Hôtel, près de la place de la République, aujourd’hui Grand Hôtel Boscolo). Jean pose son vélo. On le conduit à la chambre des Vailland. Stupeur, il découvre tous ses poèmes répandus par terre… et un Vailland qui lui fait d’abord une critique féroce, avant de se radoucir et de lui offrir … des bonbons ! Malgré le choc, Jean est flatté d’être vouvoyé et, pour la première fois, pris au sérieux, traité certes sans indulgence, par un écrivain, mais tout de même en confrère. Un écrivain qui lui met le pied à l’étrier, lui donne des conseils, que Jean s’empressera de ne pas suivre. Par la suite, c’est Élisabeth qui va véritablement l’aider, en l’aiguillant auprès d’un éditeur, et c’est avec elle que Jean restera profondément lié jusqu’à la mort de celle-ci.

Lorsqu’il rédige son Journal des arbres, c’est tout naturellement qu’il installe dans son bois, dans la partie appelée « Le bois au banc », Roger Vailland et Élisabeth, non loin de Georges Perec, de Bernard Paul, de Louis Daquin…

À l’association des Amis de Roger Vailland, il apportait son enthousiasme, sa tendresse, son humour et son talent, qui vont cruellement nous manquer. Nous adressons notre affection à Anna, à ses trois fils, Manuel, Yves et Pierre, à ses petits- enfants, à son arrière-petite-fille Louise, à sa sœur Renée et à ses filles, à toute sa famille.

À Bourg comme à Lyon, ou à Paris, nous avons eu la chance de connaître Jean Mailland, l’homme et l’œuvre, et nous l’avons beaucoup aimé.

Odile Nguyen-Schoendorff dimanche 14 mai 2017

Ci-dessous en pdf :
- un extrait de L’Âge du Christ, lu par Yves Neyrolles aux funérailles de Jean Mailland
- un article d’Armelle Héliot, publié le 12 mai dans Le Figaro

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Paroles de Jean
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Article Figaro

Image : Le 21 novembre 2015, au cimetière de Meillonnas, Jean Mailland évoque la personnalité de Roger Vailland © Yves Neyrolles

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