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La mort de René Ballet

Mis en ligne le 04/01/2017

Notre association est de nouveau endeuillée dès les premiers jours de cette nouvelle année avec la mort de notre ami René Ballet, l’un des derniers parmi nous à avoir bien connu et côtoyé régulièrement Roger et Élisabeth Vailland.

Brièvement enseignant, mais essentiellement écrivain, journaliste, directeur de collection, et même, pour un temps, pilote d’essai, René Ballet avait accompagné Élisabeth dans la délicate entreprise de rassemblement des inédits de Roger Vailland et Jean Récanati, dès 1969, dans la publication des Écrits Intimes, chez Gallimard, et celle des Œuvres complètes, dans la collection Rencontre. Il avait codirigé avec Élisabeth une présentation de l’écrivain, assortie d’extraits de l’œuvre, aux éditions Seghers, en 1973.

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René Ballet

La grande intelligence et la familiarité de René Ballet avec les écrits de Roger Vailland avaient désigné celui-ci, aux yeux d’Élisabeth comme le seul responsable de la mise en valeur d’une œuvre précocement interrompue. Tout en menant à bien ses propres travaux littéraires, (il a fait paraître quatorze romans, les trois premiers chez Gallimard, de 1960 à 1962 ; un roman ultérieur, L’Organidrame, sera sélectionné, en 1986, pour le prix Goncourt), il n’a jamais cessé de s’attacher à faire connaître et apprécier l’importance de l’œuvre multiple de son aîné, publiant, par exemple, une série d’ouvrages rassemblant les nombreux articles de presse de Roger Vailland, multipliant préfaces et conférences dans le but de mettre l’écrivain à sa juste place parmi ceux de son temps.

Cadre dirigeant chez Fiat, de 1971 à 1978, il n’avait pas hésité à quitter une situation prestigieuse pour rejoindre L’Humanité et y exercer à son tour la profession de grand reporter.

Cofondateur, en 1994, de l’association des Amis de Roger Vailland, il en a été, au côté de Christian Petr, notre président récemment disparu, un des acteurs déterminants. Son esprit subtil, vif et enjoué, ses traits d’humour, son allant et son élégance, sa générosité et sa modestie faisaient de lui un être exquis. Sa disparition nous touche profondément. Nous pensons très fort à Simone, son épouse, et l’assurons de notre fraternelle amitié.

La cérémonie des obsèques aura lieu le mardi 10 janvier à midi au crématorium du Parc, à Clamart.

Association des Amis de Roger Vailland


On le reconnaissait de loin à sa haute silhouette et son abondante chevelure blanche. René Ballet, auréolé d’un triple prestige, de grand reporter et d’écrivain, de militant, et d’ami de Roger Vailland, était une figure incontournable des Rencontres de Bourg-en-Bresse consacrées chaque année à l’écrivain. Toujours prêt à « plancher » ou à intervenir pour nous faire découvrir, apprécier, approfondir une facette ou une autre de l’œuvre de Vailland. En même temps, un homme d’abord aisé, modeste et d’une grande gentillesse. Il était l’élégance même, tant vestimentaire que d’élocution et de pensée.

Avec lui, le verbe se faisait métaphore, et la langue l’estoc du torero. D’autres que nous diront ci-dessous l’ampleur et la variété de son œuvre.

L’un de ses principaux romans, L’Hôtel des deux gares, vient d’être réédité. Relisons-le en hommage à son combat constant contre les fascismes de tout poil. C’est le meilleur hommage que l’on puisse lui rendre, désormais.

Alain (Georges) Leduc, éditorialiste de ce site, et Elizabeth Legros-Chapuis, administrateur.

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De René Ballet, le critique et le romancier que j’ai lus ainsi que l’homme que j’ai connu, je retiens cela.

René Ballet fut pour moi le critique le plus éclairant lors de mes études consacrées à l’œuvre de Roger Vailland, si j’excepte la thèse universitaire de Michel Picard : la connaissance de l’œuvre était la plus exhaustive et précise ; l’analyse la plus claire et efficace ; la compréhension de l’homme la plus fine et objective.

Le romancier René Ballet demeure pour moi un faux-monnayeur qui savait qu’écrire est battre une monnaie autre que celle qui réduit les hommes en esclavage ou au silence.

L’homme demeurera un de rares hommes de cœur que l’on rencontre dans une vie. Une anecdote se détache, celle qu’il me confia, en 2007, lors d’une rencontre avec des lycéens consacrée au centenaire de Vailland : « J’aimerais avoir leur âge. » Résonne en moi cette idée empruntée à Edgar Morin que René Ballet était pleinement humain pour avoir su garder, adulte, de l’adolescence les aspirations.

Marc Le Monnier, agrégé de lettres modernes, enseignant au lycée Paul Doumer du Perreux-sur-Marne.


Au sujet de cette disparition, L’Humanité a publié en date du mardi 3 janvier 2017 un article de Pierre Chaillan.

Quelques extraits :

« Le grand homme de littérature était un communiste indéfectible. Avec Simone, son épouse, il formait un couple d’une grande élégance, que l’on croisait dans tous les événements militants, à la Fête de L’Humanité, partout où l’écrit politique pouvait être présent ou représenté. C’est que René Ballet avait conservé le feu sacré et vital transmis par son frère d’écriture Roger Vailland. » (…)

« À la suite de la disparition des éditions Messidor, l’écrivain communiste participe à la création des éditions le Temps des cerises et deviendra rédacteur de la revue Commune. Sur son site Internet, on peut lire cette ligne de conduite, dans le droit-fil de celle de Vailland, qu’il a su respecter  : « Une vie consacrée au plaisir  : plaisir de découvrir, d’aimer, d’écrire, de défendre ses opinions et ses amis. » (…)


On trouvera ci-dessous en pdf trois autres témoignages, ceux de Odile Nguyen-Schoendorff, vice-présidente de l’Association, de François Eychart et de Jean Sénégas (ainsi placés en raison de la longueur de ces textes)

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Texte de François Eychart
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Texte de Jean Sénégas
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Texte Odile Nguyen
© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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