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Sur le roman, l’imagination et l’action

Mis en ligne le 30/08/2011

Dans le numéro 3 des Cahiers Roger Vailland (juin 1995) ont été publiés une dizaine de textes de Vailland inédits ou parus uniquement dans des journaux et périodiques. Ce texte non daté en fait partie.

I. Il existe une technique du roman, qui peut, tout comme les techniques métallurgiques, etc., servir aux usages les plus divers.

Jdanov.

Ces réflexions sont donc destinées :

1. aux romanciers

2. aux amateurs de roman

Car le roman est une technique d’art, il n’y a pas d’art sans amateurs et amateurs, et les amateurs s’intéressent toujours à la technique.

Développer.

Un art est populaire, non dans la mesure où il s’adresse au peuple, mais en rapport avec le nombre d’amateurs dans le peuple.

Un sacrifice est nécessaire mais n’est pas suffisant pour devenir amateur. Exemple : les acheteurs d’Aragon.

Corollaire : il est légitime qu’un responsable politique se préoccupe de l’usage d’une technique littéraire.

Mais un critique littéraire doit être en tant que tel tauromachique. Bien sûr, un critique littéraire peut être en même temps un militant qui s’adresse à d’autres militants. Mais :

1. un militant n’est pas nécessairement un responsable politique qui parle au nom de son parti. Il doit éviter l’ambiguïté sur ce point.

2. il doit distinguer entre la technique et son usage sous peine de nuire à son propre parti.

3. il doit se garder des petits services du sectarisme.

C’est pourquoi André Rousseaux et André Wurmser, les deux Andrés, sont de mauvais critiques.

II. Le roman est un genre littéraire.

Il y a des genres littéraires, des espèces, des variétés et même deux grands règnes, la poésie et la prose, qui naissent et disparaissent, évoluent et s’hybrident : le roman policier, d’amour, noir, vert, à thèse, naturaliste, poétique, réaliste, d’aventures, de voyage, mythologique. Surréaliste, je continuerais...

Le roman est un genre récent et en plein développement : prolifération des espèces et des variétés.

III. Le roman est le récit d’une action imaginaire.

Imagination

Il n’y a pas de psychanalyse, parce qu’il n’y a pas de Psyché. Mais la psychanalyse réussit en Amérique, parce que les Américains sont des aliénés. Moi je n’ai pas d’âme.

La psychanalyse est une oeuvre d’imagination. Elle s’est formée au moment où la société qui l’a produite en avait besoin.

Erhenbourg : le romancier est le confesseur des pays socialistes.

Les chiens rêvent.

C’est tout l’être qui rêve, comme c’est tout l’être qui souffre.

Imaginer, c’est mimer une action. Mais ce n’est pas seulement mimer, puisqu’à la même mimique peuvent correspondre des séries différentes d’images. Je bande : je rêve que je baise ou bien que des ballons s’envolent, etc.

Imaginer, c’est s’essayer en roue libre à des actions, que je souhaite ou que je redoute ou qui me servent d’explication, etc.

Imaginer peut donc être aussi bien fuite, qu’entraînement, ou simple plaisir. Le rêve est défense du sommeil, la réflexion préparation à l’action.

Réfléchir, c’est mimer plusieurs actions avant de choisir celle qui convient. En ce sens l’imagination se confond avec l’exercice même de la pensée.

Réversibilité : l’attitude produit l’image ou l’image l’attitude.

Mutabilité : à une attitude donnée peuvent correspondre des séries différentes mais relativement équivalentes d’images.

Autre mutabilité : l’image peut se changer soit en action, soit en dessein, langage, musique, danse, théorèmes, lois scientifiques.

L’image n’est pas la réalité ; c’est un autre genre de réalité, soumise davantage à ma loi.

Le propre de la matière vivante est de désirer. Le désir s’ébauche en image et ne s’apaise qu’en s’accomplissant.

Il y a trois grands modes d’accomplissement du désir :

1. sa réalisation

2. la schizophrénie, l’onanisme, l’automutilation. Je suis Napoléon.

3. l’incarnation dans la nature humanisée : langage, couleur de la tradition picturale, son de la tradition musicale.

Le chêne imite le mouvement qu’il rêve.

Tout outil est le produit de l’imagination et tout produit de l’imagination peut servir d’outil.

Il y a régression chez le schizophrène. Le propre de l’homme est de ne pas directement transformer la nature, (pour assouvir ses désirs) mais par l’intermédiaire de la nature humanisée.

Le papillon schizophrène.

Une action

Une action et un être vivant ont ceci de commun qu’ils commencent, se développent et finissent.

Il y a équivalence dans des cycles différents entre métamorphose et action.

La métamorphose exige le sommeil.

Etre réaliste, c’est imaginer vivement et décrire exactement ce qu’on a vu.

Réveil : beauté des femmes. L’égalité juridique, économique, etc., permettra enfin de rendre hommage et rendre grâce à la beauté des femmes, de reconnaître la beauté.

12 ans, dans la cour du lycée, robe blanche à pois rouges, cheveux blonds : ce qu’une fille est belle.

Ce qui ne veut pas nécessairement dire bandante.

Sexy est un vocabulaire d’impuissant.

Dans le rêve éveillé le plus commun, le rêveur est le héros de ses rêves. Il devient romancier en rêvant les histoires des autres. Cela exige d’avoir résolu tous ses problèmes personnels.

La beauté est la matière la plus en acte : la jambe de Ladoumègue et celle de Jacqueline.

La beauté serait donc le point extrême de la forme se changeant en acte.

La fleur est la forme la plus déliée, dé-liée de la plante, sa plus grande mesure possible quant à elle-même de liberté ; sa métamorphose où les organes sont les plus différenciés, jusqu’à ce conflit mâle-femelle qui se résout, qui retombe dans le fruit.

La forme exprime la totalité de l’être vivant dans l’entre-deux-métamorphoses ( ?)

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
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