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Témoignage : Jacques Henric

Mis en ligne le 10/02/2015

COMBATTRE LE DÉNI DE L’HISTOIRE

Né le 21 décembre 1938 à Paris, Jacques Henric est un critique, essayiste et romancier français.

De 1960 à 1968 il écrit dans la presse communiste, notamment dans l’hebdomadaire culturel né de la Résistance, Les Lettres françaises, que dirige alors Aragon.

Nous lui avons demandé son témoignage sur Roger Vailland, qu’il a lu et rencontré.

Jacques Henric a relaté son parcours biographique (politique et littéraire) dans Politique, publié en 2007 aux éditions du Seuil dans la collection « Fiction & Cie ».

L’ancien militant communiste et proche du groupe Tel Quel y livre ses mémoires.

Politique est un texte de combat, ne dédaignant pas la veine pamphlétaire, « un désir d’être le plus juste et le plus vrai possible ». (…) « J’ai eu envie d’en finir avec ce refus de faire l’Histoire qui a cours, de combattre le déni de l’Histoire. »

Pour l’Histoire, sans maquillage, en effet. Contre le révisionnisme galopant.

Jacques Henric est associé à la direction d’Art press, que dirige l’écrivain et critique d’art Catherine Millet, son épouse. Il a décortiqué leur relation complexe dans trois essais, La Légende de Catherine M. (2001), Comme si notre amour était une ordure ! (2004) et Catherine “M”, l’album (2004), notamment.

« Nous n’avons pas appartenu à la gauche bien-pensante. Elle nous détestait. Nous ne l’aimions guère non plus. Aujourd’hui, je n’aime pas plus son penchant pour le centrisme. Et je suis assez sidéré de voir se propager l’idée que la politique devrait être un lieu de consensus. Moi, je continue à penser que la politique est un lieu d’affrontement. Il faut de la place pour le négatif. »

Des paroles que n’aurait certes pas reniées Roger Vailland.

  Alain (Georges) Leduc.

Message de Jacques Henric, 5 février 2015

Cher Monsieur,

Je découvre donc qu’il existe un site Roger Vailland et je m’en réjouis. Il est vrai que pour jeune militant communiste que j’étais, Roger Vailland a représenté pour moi un contrepoison à la conception jdanovienne de la littérature défendue par le PCF et notamment par le Aragon de l’époque (tous deux ne s’aimaient guère, Vailland gardant en mémoire la polémique des surréalistes avec le Grand Jeu, ce groupe auquel il avait appartenu aux côtés de Lecomte et Daumal). Je n’ai rencontré qu’une fois Vailland à Paris, présenté à lui par Adamov, il venait alors suivre des soins pour le cancer qui l’emporta peu de temps après. Le libertinage contre le puritanisme stalinien, c’était pour moi. Cela dit, je n’ai pas relu ses livres depuis cette époque, je ne les ai plus sous la main. Je ne vois pas bien ce que je pourrais vous dire de plus. Écrivant dans les Lettres Françaises, et tenant la rubrique littéraire de France-Nouvelle jusqu’en 1968 (j’ai raconté tout ça dans mon livre Politique publié au Seuil), je n’ai bizarrement pas le souvenir d’avoir écrit sur ses livres que j’aimais pourtant beaucoup. Il faudrait que je remette le nez dans des archives. Vailland, depuis les événements de Hongrie où il avait pris ses distances avec les positions du PC, n’était plus persona grata dans sa presse. Le dernier livre de Vailland que j’ai lu, c’est son Journal paru chez Gallimard.

Voilà ce que je peux vous dire aujourd’hui sur Vailland. A-t-il de jeunes lecteurs ? Autour de moi, à Art press par exemple, j’en entends peu parler. C’est dommage. Dans les tristes temps qui courent, ce serait sans doute une bonne chose de le sortir du purgatoire, si purgatoire il y a. Je suis sûr que c’est ce à quoi vous vous attachez, avec ce site qui lui est consacré. Je vais d’ailleurs le visiter au plus vite.

Pourquoi pas un Pléiade ? Son œuvre vaut bien celle d’un Vian ou d’un d’Ormesson, non ?

Bien cordialement à vous,

Jacques Henric.

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
Conception : www.linuance.com