Vous êtes ici : Accueil > L’œuvre > Aspects de l’œuvre > Une Fille de Roi

Une Fille de Roi

Mis en ligne le 08/01/2007

Une page, sur trois colonnes, dans un caractère de corps réduit, ainsi se présente Une fille de roi 1. Le titre est en capitales bleues et, en petites majuscules noires, cette mention : « Une nouvelle inédite de Roger Vailland ». Illustré d’un dessin, en pleine page, de Michel Carlier, ce récit est composé au présent de l’indicatif, alternant, dans une construction très savante et qui, talent oblige, ne se voit pas, avec différents temps du passé (imparfait, passé simple et passé composé). La dominante paraît pourtant être celle du présent. Le texte est donné pour avoir été fait aux alentours de 1948.

Il rassemble, semble-t-il, une importante partie de l’univers de son auteur, et c’est en cela, surtout, qu’il est remarquable. Un relevé le prouve rapidement. Vailland est ici auteur-personnage. L’héroïne est une femme, une « souveraine » avant l’heure. On y trouve, en de toutes petites touches, des vues sociales et économiques. L’ambiance est au luxe et à la richesse, même s’ils sont parfois maintenus à grand-peine. On boit de l’alcool, avec des considérations sur la qualité du whisky. Gobineau est présent, nominativement. Flaubert est plus que présent, même si son nom n’est pas cité, par l’évocation très précise, quasi-mécanique, de la carrière de l’héroïne, suivie du détail de la pension que lui alloue l’homme dont elle a divorcé. La chance est là, aussi, qui salue à la fin. Le reste est une atmosphère, une écriture de prince qui, en trois colonnes, emmène le lecteur où l’écrivain le désire, sans le moindre essoufflement, sans maniérisme ni volonté esthétisante. Cela s’appelle un style, et c’est éblouissant. C’est également ignoré du public, et attend de figurer dans une édition d’œuvres véritablement complètes, qui n’existe toujours pas.

Le personnage central de cette nouvelle, Josette B., est « d’une de ces beautés, lèvres minces, yeux métalliques, port insolent, d’une de ces beautés froides qui, n’importe où qu’elle entre, attire immédiatement vers elle l’homme le plus riche ». C’est dire qu’elle est très exactement le contraire d’Élisabeth Naldi, que l’écrivain rencontrera un an plus tard, en septembre 1949. Fille d’un Italien et d’une Russe juive, toute de vie et de chaleur, même si elle dut accepter de n’être pas la seule veuve de Vailland, elle sera là jusqu’au bout.

Jacques Layani

Extrait d’Écrivains contemporains, Madeleine Bourdouxhe, Paul Guimard, Maurice Pons, Roger Vailland, L’Harmattan, 1999.

1. La nouvelle de Roger Vailland, Une fille de roi, a été publiée dans la revue Adam n° 30, mars 1969.

© 2006–2007 Les Amis de Roger Vailland – Élizabeth Legros et Alain (Georges) Leduc, co-responsables de la rédaction.
Conception : www.linuance.com