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Vailland à travers les blogues (9)

Mis en ligne le 16/10/2017

Un article de Patrick Varetz sur le blogue Diakritik, à propos d’un livre de Jean-Philippe Toussaint, fait allusion aux théories de Vailland sur le roman :

"Si les mots de Mallarmé me traversent également la tête quand je lis la page 76 de Made in China, je me remémore surtout un passage de Roger Vailland, au début de La Fête ; passage que je ne suis jamais parvenu à oublier malgré les années, et qui — d’une certaine façon — conditionne encore aujourd’hui ma conception de l’art romanesque (cette volonté indéniable, comme dirait Toussaint, de romancer le réel).

« — C’est un coup de dés, dit Duc, un roman commence par un coup de dés.
— Je jette les dés pour toi, dit Jean-Marc, je tire une robe du soir, un sourcil froncé, un orchis, une bicyclette.
— J’accepte, dit Duc, cela aboutira au même roman.
— Tu te contredis.
— Les personnages et l’intrigue, comme on disait au XIXe siècle, seront absolument différents, mais, si le roman est réussi, il fera le même poids que le précédent.
— Quel poids ?
— Mon poids dans le moment où je l’écris, le poids d’un homme à la recherche de sa souveraineté. »

Ainsi, à chaque instant, il nous faudrait opérer des choix comme on jetterait les dés ou des pièces de monnaie. Sans relâche, nous voilà ramenés au centre du cercle des possibles, tenus encore — au gré de nos transformations — d’échafauder notre propre fatalité à petits coups de hasard. Jean-Philippe Toussaint n’écrit pas autre chose : « Il y a sans doute un chemin inéluctable qui nous attend, derrière les multiples embranchements, aiguillages et bifurcations auxquels nous sommes confrontés, mais ce n’est qu’une fois le parcours terminé que le chemin sera lisible, et transformera en fatalité ce qui n’était, en temps réel, qu’une succession de possibilités romanesques infinies qui s’offrent à nous. Le livre qu’on termine, comme la vie qui s’achève, clôt définitivement cette ouverture aux possibles. L’œuvre, ou la vie, se referme au vent des fortuits, et devient la fatalité qu’elle devait être. »

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