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Vailland et les romans ouvriers

Mis en ligne le 04/02/2011

La revue Contretemps (n°5), fondée par Daniel Bensaïd, a consacré un article, disponible en ligne sur le site du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), à l’évolution des « romans ouvriers », à l’occasion de la parution de quelques livres récents se rattachant à cette tradition. L’article de Henry Clément, Anne Moyrand et Lisbeth Sal est intitulé « Tombeau pour la classe ouvrière ». L’extrait suivant se réfère au roman de Vailland 325000 francs afin de montrer comment l’optique a changé depuis cinquante ans dans ce type d’ouvrage.

La littérature comme reconstruction d’un héritage

« Nombre d’écrivains ont d’abord à cœur d’évoquer le milieu dont ils sont issus et qui a marqué leur histoire, leur identité : les auteurs de notre corpus sont pour la plupart des ouvriers eux-mêmes, d’anciens ouvriers ou des enfants d’ouvriers (Jean-Pierre Levaray est un ouvrier qui écrit, François Bon a longtemps travaillé dans l’industrie, Gérard Mordillat est un ancien ouvrier, Franck Magloire, Aurélie Filippetti et Manu Larcenet sont tous fils ou fille d’ouvriers). Pour autant, en dressant chacun à leur manière un état des lieux de la classe ouvrière, ils adoptent des points de vue relativement différents. Certains, nostalgiques, choisissent de montrer que la classe ouvrière a disparu, qu’elle est invisible, d’autres la présentent comme une force de résistance tournée vers l’avenir.

Pour les plus nostalgiques, l’élément déclencheur est lié à la disparition d’un proche, la maladie, puis la mort d’un des personnages : le père chez Larcenet et Filippetti, Sylvia chez Bon. Cette évolution marque une rupture assez nette dans les romans ouvriers : auparavant, les auteurs mettaient davantage l’accent sur la mutilation des personnages. La représentation des blessures et des souffrances qu’inflige le monde du travail correspondait à une tentative de rendre concrète la dimension destructrice du processus capitaliste. Par exemple, le roman de Roger Vailland, 325000 francs, était tout entier construit autour de cette tension, du lien à la machine qui absorbe toute l’énergie, jusqu’à l’accident, l’amputation, l’infirmité. Le projet qui sous-tend l’écriture a donc changé puisqu’il s’agit maintenant de reconstituer une histoire passée, révolue. Les auteurs y évoquent une classe et une histoire – souvent familiale – dont ils sont fiers, mais qui est d’un autre temps : on se remémore avec émotion la « figure » de l’ouvrier travaillant à la chaîne, la CGT et le PCF « encadrant la masse », les grèves victorieuses, la famille appartenant à une classe ouvrière unie et solidaire… »

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